L'affaire de la tour de Nesle (1314) : les brus adultères

Affaire de la tour de Nesle, 1314 : Marguerite et Blanche de Bourgogne, brus de Philippe le Bel, convaincues d'adultère. Faits, châtiments et légende.

Romain Croisade 4 min

Les princesses Marguerite et Blanche de Bourgogne arrêtées, Philippe le Bel les observant, enluminure

Fiche

Date printemps 1314 (révélation), sentence en avril-mai 1314 · Lieu Paris (hôtel de Nesle, le Temple) · Personnes Marguerite de Bourgogne (femme du futur Louis X), Blanche de Bourgogne (femme du futur Charles IV), Jeanne de Bourgogne (femme de Philippe, futur Philippe V), les frères Gautier et Philippe d'Aunay · Roi Philippe le Bel · Issue les amants suppliciés, Marguerite et Blanche emprisonnées à Château-Gaillard, Jeanne d'abord enfermée puis rendue à son mari

En 1314, deux brus de Philippe le Bel sont convaincues d'adultère, et le roi les fait enfermer. L'affaire est vraie ; la « tour de Nesle » où elles auraient attiré des jeunes gens pour les jeter dans la Seine est un roman. Ce scandale, au cœur de la dynastie des Capétiens directs, a pesé lourd : il a jeté le doute sur la légitimité des héritiers, quelques années avant la crise de succession qui éteindra la lignée.

Le contexte : une cour au sommet de sa puissance#

Philippe le Bel a marié ses trois fils à trois filles du comte Othon IV de Bourgogne et de Mahaut d'Artois : Louis (le futur Louis X) à Marguerite, Philippe à Jeanne, Charles à Blanche. Ces alliances arrimaient la Franche-Comté à la couronne. Les princesses vivent à Paris, parmi les fêtes de la cour. En 1313, à Pontoise, le roi arme chevaliers ses fils lors de grandes réjouissances ; on y distribue des aumônières, présent de la reine Isabelle d'Angleterre, la sœur des princes, Isabelle de France, à ses frères et belles-sœurs.

Le déroulement#

Selon la tradition, Isabelle remarque que deux de ces aumônières sont portées par des chevaliers étrangers à la famille : Gautier et Philippe d'Aunay, écuyers de ses frères. Soupçonnant une liaison, elle en avertit son père. Le roi fait surveiller les amants et, à ce que racontent les chroniqueurs, les surprend en flagrant délit. Les frères d'Aunay sont arrêtés et avouent, au moins sous la torture. Le récit de l'enquête repose sur des chroniques tardives ; son détail n'est pas sûr.

Le châtiment est sans pitié, à la mesure de l'offense faite à la lignée royale : les deux chevaliers sont suppliciés en public à Pontoise, écorchés, émasculés, roués, puis décapités, avant d'être pendus. Marguerite et Blanche, tondues, sont conduites en carrosse noir à Château-Gaillard, forteresse des Andelys, et enfermées dans des cachots. Jeanne, accusée de complicité, est détenue à Dourdan, puis rendue à son mari Philippe, qui plaide pour elle.

Pourquoi cette sévérité ?#

Pour un roi, la fidélité des épouses n'est pas une affaire privée : de ces femmes naîtront les futurs rois. Un doute sur la paternité d'un héritier est un danger pour la couronne. Philippe le Bel, soucieux d'honneur et de réputation, tient à frapper fort. Le scandale tombe en outre dans une année où la monarchie est déjà ébranlée : la mort de Jacques de Molay sur le bûcher, quelques semaines plus tôt, lui a valu des murmures. La légende y verra la « malédiction » des Templiers ; elle est postérieure aux faits.

Les conséquences#

Philippe le Bel meurt le 29 novembre 1314. Louis X devient roi, mais sa femme est toujours à Château-Gaillard. Il veut se remarier pour avoir un héritier ; Marguerite meurt en 1315, étranglée selon la rumeur, plus probablement de maladie et de froid, ce qui libère le roi. Il épouse Clémence de Hongrie. À sa mort, en 1316, il laisse une fille, Jeanne, dont la naissance avait été entourée de rumeurs, et un fils posthume, Jean Ier, qui ne vit que cinq jours. La crédibilité de la fille de Marguerite est alors contestée, et Philippe V l'écarte : c'est la naissance de la règle de la loi salique. Blanche, après huit ans de captivité, voit son mariage annulé, puis se retire à l'abbaye de Maubuisson. Jeanne, quant à elle, sera reine de France comme épouse de Philippe V.

Vrai ou faux#

Les princesses jetaient leurs amants dans la Seine depuis la tour de Nesle. Faux. Cette légende n'apparaît qu'au XVe siècle, attachée à une reine de légende, avant que Dumas et le théâtre romantique (La Tour de Nesle, 1832) ne la fixent. Les brus étaient innocentes. Pas davantage : les aveux, la sévérité de la sentence et la répudiation ultérieure indiquent qu'une faute a eu lieu, même si la procédure fut expéditive et l'étendue de la faute incertaine.

À retenir

  • 1314 : Marguerite et Blanche de Bourgogne, brus de Philippe le Bel, sont convaincues d'adultère.
  • Les frères d'Aunay sont suppliciés ; les princesses finissent à Château-Gaillard.
  • La « tour de Nesle » des nuits sanglantes est une légende tardive.
  • Le doute sur la descendance pèse sur la succession de 1316 et sur la fin des Capétiens directs.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Qu'est-ce que l'affaire de la tour de Nesle ?

Un scandale de 1314 : Marguerite et Blanche de Bourgogne, épouses de Louis et de Charles, fils de Philippe le Bel, sont convaincues d'adultère avec deux chevaliers, Gautier et Philippe d'Aunay. Les amants sont suppliciés, les princesses emprisonnées.

La tour de Nesle est-elle le lieu des faits ?

Rien ne l'établit. Les chroniques du temps ne la nomment pas : le lieu des rendez-vous est plutôt l'hôtel de Nesle ou le Temple. La tour, et ses nuits de débauche, sont une invention postérieure.

Marguerite de Bourgogne a-t-elle été reine de France ?

Oui, brièvement en droit : son mari est devenu Louis X en novembre 1314, mais elle était enfermée à Château-Gaillard. Elle y est morte en 1315, probablement de froid et de maladie, et n'a jamais été sacrée.

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