Diane de Poitiers : la favorite qui régnait sur Henri II
Biographie de Diane de Poitiers (1500-1566), favorite d'Henri II : son influence, Chenonceau, Anet, sa rivalité avec Catherine de Médicis et la légende de l'or.

Fiche
Née le 3 septembre 1500 · Morte le 22 avril 1566, à Anet · Origine famille de Poitiers, seigneurs de Saint-Vallier (Dauphiné) · Rôle favorite d'Henri II, duchesse de Valentinois (1548) · Mari Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie (1515-1531) · Roi Henri II (1547-1559), de la maison de Valois · Période règnes de François Ier et d'Henri II · Enterrée à Anet
Diane de Poitiers est la plus célèbre des favorites de la monarchie, et l'une des plus discutées. Entre 1536 et 1559, elle est la première dame du cœur d'Henri II, au détriment de la reine Catherine de Médicis. Elle n'a pas gouverné le royaume, comme on le dit souvent, mais elle a eu l'oreille du roi, les clés de ses faveurs, et a donné à la cour des Valois son style. Elle illustre bien ce que furent les reines de France et leurs rivales : une institution plus qu'un scandale, mais un scandale quand même.
Origines : une veuve à quinze ans de mariage#
Diane naît en 1500, fille de Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, et de Jeanne de Batarnay. Elle est élevée à la cour d'Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, où elle apprend les lettres, la chasse et l'art de tenir une maison. À quinze ans, en 1515, l'année de Marignan, elle épouse Louis de Brézé, petit-fils de Charles VII par sa mère Charlotte, fille naturelle du roi, et grand sénéchal de Normandie. Il a près de quarante ans de plus qu'elle. Le mariage est solide : deux filles, Françoise et Louise, et une réputation sans tache.
Son père est condamné à mort pour avoir su le complot du connétable de Bourbon (1523). Il est gracié sur l'échafaud sa fille reste à la cour. Une tradition prétend que Diane a obtenu la grâce du roi en s'offrant à lui ; on ne la trouve que dans des textes tardifs, et il faut la tenir pour une légende. Louis de Brézé meurt en 1531. Diane, veuve, fait graver sur son tombeau de Rouen une inscription de fidélité et porte le deuil jusqu'à sa mort, en noir et blanc.
L'entrée en grâce#
Henri, deuxième fils de François Ier, a été envoyé en otage en Espagne avec son frère après Pavie (1525), pour quatre ans. Il en est revenu sombre et timide. Diane, de dix-neuf ans son aînée, le connaît déjà. En 1536, la mort de son frère aîné François fait de lui le dauphin ; il a épousé Catherine de Médicis trois ans plus tôt (1533). Diane est alors sa conseillère, son amie, bientôt sa maîtresse. Le roi François Ier n'y fait pas obstacle. Le dauphin porte dès lors ses couleurs au tournoi.
Le chiffre le dit publiquement : le H d'Henri et le D de Diane s'entrelacent (on y a aussi lu le double C de Catherine, lecture discutée). On le voit encore au Louvre, à Anet, à Chenonceau et à Fontainebleau. Le croissant de lune, emblème de la déesse chasseresse dont elle portait le nom, accompagne la devise « Donec totum impleat orbem » : jusqu'à ce qu'il remplisse tout le cercle.
Son pouvoir : ce qu'elle décidait vraiment#
À l'avènement d'Henri II (31 mars 1547), Diane a quarante-sept ans. Le roi lui donne le château de Chenonceau (1547) et le titre de duchesse de Valentinois (1548). Son pouvoir est réel mais indirect :
- Les nominations. Elle recommande ses fidèles. Sa fille Louise épouse Claude de Lorraine, duc d'Aumale, de la maison de Guise (1547) ; Diane s'appuie sur ce clan, face au connétable Anne de Montmorency, longtemps premier conseiller d'Henri II. Elle doit composer avec l'un et l'autre.
- Les finances. Elle reçoit de grosses sommes en dons, rentes et offices, ce qui nourrit les critiques. Les contemporains les jugent peu compatibles avec la détresse des finances royales après les guerres d'Italie.
- La religion. Diane est catholique convaincue et hostile aux huguenots. Le règne d'Henri II voit les édits de Châteaubriant (1551) et d'Écouen (1559) contre l'hérésie, et la « chambre ardente ». On ne sait pas quelle part elle y prit ; son hostilité aux huguenots est connue. Cette fermeté n'a pas empêché les guerres de Religion qui éclatent sous ses fils.
- Les enfants royaux. Elle veille sur l'éducation des enfants de France, avec l'accord du roi, ce qui lui vaut la rancune de la reine.
Elle fait aussi bâtir. Le château d'Anet, œuvre de Philibert de l'Orme, est son chef-d'œuvre : l'un des premiers édifices français tout à la manière antique. Elle fait agrandir Chenonceau d'un jardin et d'un pont sur le Cher.
Face à la reine et à la cour#
Catherine de Médicis n'a pas eu d'enfants pendant dix ans. Elle craint la répudiation. On rapporte que Diane elle-même pousse Henri à retourner dans le lit de la reine : ensuite viennent dix enfants (1544-1556), dont trois rois. La reine souffre en silence. Elle supporte Diane, qui reste toujours courtoise, mais n'oublie pas.
À la cour, le roi montre sa fidélité à Diane sans retenue : lettres, bijoux, couleurs. La vie de cour s'en accommode, et c'est une règle que le roi ait une maîtresse reconnue depuis Agnès Sorel. Mais aucune favorite n'aura plus, avant les Bourbons, un tel rang.
Chute et mort#
Le 30 juin 1559, Henri II, qui joute en tournoi rue Saint-Antoine, avec les couleurs noir et blanc de Diane, est blessé à l'œil par la lance de Montgomery. Il meurt le 10 juillet aux Tournelles. Diane n'a pas été admise à son chevet ; la reine règne désormais au nom de ses fils.
Catherine de Médicis exige alors la restitution de Chenonceau, qu'elle convoitait. Diane reçoit en échange Chaumont-sur-Loire, qu'elle n'habite jamais, et se retire à Anet. Elle n'est pas poursuivie : elle garde ses biens. Elle y meurt le 22 avril 1566.
Ce qu'il en reste#
Une légende rose et noire. Pour les uns, la « grande sénéchale » est la figure même de la beauté de la Renaissance ; pour les autres, la maîtresse qui a dominé un roi. La vérité tient entre les deux : une femme intelligente, très riche, très pieuse à sa manière, qui a eu l'art de durer.
L'or. En 2008, ses restes, retrouvés dans une fosse commune d'Anet après la profanation de la tombe en 1795, sont identifiés. Une étude de ses cheveux, publiée en 2009, y relève des taux d'or très élevés, ce qui pourrait venir d'un élixir d'« or potable » alors à la mode. L'hypothèse est sérieuse, sans être certaine.
Les lieux. Anet, Chenonceau et Fontainebleau portent encore son chiffre. Voyez aussi, pour la Renaissance royale, Fontainebleau et Chambord.
À retenir
- Diane de Poitiers (1500-1566), veuve en 1531, est la compagne d'Henri II à partir de 1536 environ, duchesse de Valentinois en 1548.
- Son pouvoir est celui d'une favorite : elle influe sur les nominations et les faveurs, sans décider seule.
- Elle soutient la politique contre l'hérésie et s'allie aux Guise face à Montmorency.
- Catherine de Médicis, rivale silencieuse, reprend Chenonceau en 1559.
- Elle laisse Anet, un chiffre entrelacé et une légende.
Pour aller plus loin#
- Les reines de France : le rôle de la reine, de la favorite et de la régente.
- Agnès Sorel, la première favorite officielle : la dame de Beauté de Charles VII.
- Anne de Bretagne, deux fois reine de France : la reine de la génération précédente.
- Les Valois : la dynastie d'Henri II et de ses fils.
- Les guerres de Religion : ce que les derniers Valois ont reçu en héritage.
- Château de Fontainebleau : la cour d'Henri II.
Sources#
- Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, Vies des dames galantes et Vies des dames illustres — Gallica
- Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, Fayard, 1997.
- Château d'Anet — site officiel
Questions fréquentes#
Qui était Diane de Poitiers ?
Une grande dame de la noblesse (1500-1566), veuve du grand sénéchal de Normandie Louis de Brézé, devenue vers 1536 la compagne du futur Henri II. Duchesse de Valentinois en 1548, elle a tenu la première place auprès du roi jusqu'à la mort de celui-ci en 1559.
Diane de Poitiers gouvernait-elle vraiment la France ?
Non, mais elle comptait. Henri II décidait, entouré du connétable de Montmorency et des Guise ; Diane pesait sur les nominations, les faveurs et l'éducation des enfants royaux. Les chroniqueurs hostiles et la légende ont grossi son rôle.
Pourquoi Diane de Poitiers s'habillait-elle en noir et blanc ?
Veuve depuis 1531, elle garda le deuil toute sa vie, en noir et blanc. Ces couleurs, que le roi adopta aussi, sont devenues les siennes, avec le croissant de lune, emblème de la déesse Diane, et le chiffre H et D entrelacé.
Comment est morte Diane de Poitiers ?
Elle meurt le 22 avril 1566 à Anet, à soixante-cinq ans, après sept ans de retraite. Une étude de ses restes, en 2009, y a trouvé de fortes quantités d'or, que l'on rattache à un possible « or potable » pris comme élixir de jeunesse.