Charles Martel : biographie du vainqueur de Poitiers (688-741)

Biographie de Charles Martel (688-741) : bâtard de Pépin de Herstal, maître des Francs, vainqueur de Poitiers en 732, père de Pépin le Bref.

Romain Croisade 6 min

Charles Martel en armes, maire du palais des Francs, enluminure

Fiche

Naissance vers 688 · Mort 22 octobre 741, Quierzy · Titre maire du palais d'Austrasie (714), de Neustrie (718), « duc et prince des Francs » · Père Pépin de Herstal · Épouses Chrotrude, puis Sunnichilde · Fils Carloman, Pépin le Bref, Grifon · Rois sous lesquels il gouverne Chilpéric II, Thierry IV, puis vacance (737-743) · Victoires Vinchy (717), Soissons (718), Poitiers (732)

Charles Martel est le maître des Francs de 714 à sa mort, en 741, sans avoir jamais porté la couronne. Fils d'un maire du palais, il relève le royaume que les querelles avaient divisé, le défend contre les Saxons, les Frisons et les Arabes, et laisse à ses fils une puissance telle que l'un d'eux, Pépin, prendra bientôt la place des derniers Mérovingiens. C'est la victoire de Poitiers (732) qui a fait sa gloire, mais elle n'est qu'un moment d'un règne de vingt-sept ans passé presque entièrement à cheval.

D'où vient Charles Martel ?#

Il naît vers 688, au lendemain de Tertry (687), où son père Pépin de Herstal a vaincu la Neustrie et pris la tête de tout le royaume franc. Sa mère, Alpaïde, n'est pas l'épouse légitime, Plectrude : Charles est un bâtard, ce qui pèsera lourd à la mort de son père.

En décembre 714, Pépin meurt. Ses deux fils légitimes sont morts avant lui ; Plectrude fait reconnaître son petit-fils Théodebald, un enfant, et jette Charles en prison à Cologne. Les Neustriens se soulèvent, battent les Austrasiens, s'allient aux Frisons : la maison de Pépin semble finie. Charles s'évade, rallie des fidèles et recommence tout.

Comment s'impose-t-il ?#

En quelques années, par les armes :

  • Amblève (716) : première victoire, sur la Neustrie, en Ardenne ;
  • Vinchy, près de Cambrai (717) : il écrase l'armée neustrienne et force Plectrude à rendre le trésor de son père ;
  • Soissons (718) : il bat Chilpéric II et le duc Eudes d'Aquitaine, et gouverne désormais Austrasie et Neustrie sous le roi qu'il choisit — le Mérovingien Thierry IV à partir de 721.

Le roi reste le roi : on date les actes de son règne, il tient sa cour, mais le pouvoir réel est ailleurs. C'est le point final de ce que la légende appelle les rois fainéants — formule des Carolingiens, qui avaient intérêt à noircir leurs prédécesseurs.

Quelles guerres mène-t-il ?#

Presque chaque année une campagne. Au nord et à l'est, il soumet les Frisons païens (victoire sur leur duc Radbod, puis expédition de 734), frappe les Saxons et refait l'autorité franque en Germanie ; il soutient la mission de saint Boniface, l'« apôtre de la Germanie », qu'il munit d'une lettre de protection en 723. Au sud, il rétablit l'autorité sur la Bavière, l'Alémanie et l'Aquitaine.

Face à l'islam, l'enjeu est la Loire. En 732, Abd al-Rahman, gouverneur d'al-Andalus, razzie l'Aquitaine ; Eudes, son vieil adversaire, appelle Charles à l'aide. La bataille entre Poitiers et Tours brise l'expédition. Puis Charles va la chercher plus loin : en 737, il descend la vallée du Rhône jusqu'en Provence, reprend Avignon, Arles, Marseille aux gouverneurs arabes et à leurs alliés locaux, et assiège Narbonne sans la prendre. Les Arabes ne sont pas chassés de Septimanie — il faudra Pépin le Bref pour cela — mais ils ne remontent plus au nord.

Pourquoi l'Église lui en veut-elle ?#

C'est la tache de son règne, et il faut la dire. Pour entretenir une armée permanente de vassaux à cheval, Charles dispose de terres : il les prend à l'Église. Évêchés et abbayes sont confiés à des fidèles, parfois laïcs ; Reims, Paris, Rouen, Metz tombent entre les mains de guerriers. Au milieu du IXe siècle, l'évêque Eucher d'Orléans aurait eu une vision : Charles brûlant en enfer. La légende est tardive, mais elle traduit un vrai grief.

Ses fils s'emploieront à réparer : Carloman et Pépin réunissent des conciles réformateurs, avec Boniface, et reconnaissent à l'Église un droit de regard sur ces terres, qu'elle garde en précaire contre redevance. Le jugement le plus sûr est celui des deux faces : le protecteur des missionnaires fut aussi un spoliateur par nécessité.

Que se passe-t-il après 737 ?#

À la mort de Thierry IV, en 737, Charles ne fait pas élire de nouveau roi. Pendant six ans, le trône reste vide. Il n'y monte pourtant pas : il se contente de gouverner et de se nommer « prince des Francs ». Il appelle le pape Grégoire III à l'aide contre les Lombards (739), et le pape lui envoie les clefs du tombeau de saint Pierre, preuve que Rome tourne déjà ses regards vers les maîtres du royaume franc ; Charles, lié à Liutprand, roi des Lombards, qui l'avait aidé en Provence, ne répond pas à l'appel.

Il meurt à Quierzy le 22 octobre 741 et est enterré à Saint-Denis, la nécropole des rois. Il avait partagé le royaume entre Carloman et Pépin, comme l'aurait fait un roi, et réservé une part à Grifon, son fils de la seconde épouse.

Quel héritage ?#

Charles n'a pas pris la couronne, mais il l'a préparée à ses fils. Il a restauré l'unité du royaume, forgé l'armée qui fera les conquêtes carolingiennes, établi l'alliance de sa maison avec la mission chrétienne en Germanie. En 751, Pépin le Bref fait tondre le dernier Mérovingien et reçoit l'onction ; en 800, Charlemagne, son petit-fils, est couronné empereur à Rome.

Les historiens d'aujourd'hui se méfient des légendes — « sauveur de la chrétienté », « premier des Français » — mais le fait demeure : sans Charles Martel, il n'y aurait pas eu de dynastie carolingienne.

À retenir

  • Bâtard de Pépin de Herstal, il reconquiert le pouvoir de 714 à 718 (Vinchy, Soissons).
  • Maire du palais, jamais roi : le trône est même vacant de 737 à 743.
  • Il défend la Loire à Poitiers (732) et nettoie la Provence en 737.
  • Sa spoliation des biens d'Église lui vaut une réputation de damné, que ses fils réparent.
  • Il est le père de Pépin le Bref et le grand-père de Charlemagne.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Annales mettenses priores ; Continuations de Frédégaire ; Liber historiae Francorum — Gallica
  • Pierre Riché, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette, 1983 ; Jean Deviosse, Charles Martel, Tallandier, 1978.
  • Dossier « Charles Martel » — BnF

Questions fréquentes#

Qui était Charles Martel ?

Maire du palais d'Austrasie et de Neustrie de 718 à 741, fils naturel de Pépin de Herstal. Sans jamais porter la couronne, il gouverna les Francs, vainquit Saxons, Frisons et Arabes, et prépara l'avènement de sa famille.

Charles Martel a-t-il été roi de France ?

Non. Il resta maire du palais. De 737 à 743 le trône mérovingien est vacant, mais Charles ne s'y assit pas : c'est son fils Pépin le Bref qui devint roi en 751.

Pourquoi l'appelle-t-on Martel ?

Le surnom, attesté à partir du IXe siècle, évoque le marteau qui écrase l'ennemi. Charles se disait simplement « Charles, maire du palais ».

Pourquoi l'Église en garde-t-elle un mauvais souvenir ?

Faute d'argent, il confisqua des biens d'Église pour entretenir ses guerriers. Au IXe siècle, les évêques racontèrent qu'il en était damné ; son petit-fils Charlemagne répara en partie la faute.

À lire aussi