Ce qu'il reste des rois de France : tombeaux, lieux, mémoire, prétendants

L'héritage des rois de France : Saint-Denis, les châteaux, statues et rues, les prétendants Orléans et Anjou, livres et films, ce que la République leur doit.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 15 octobre 2026

Les gisants de Saint-Denis sous les vitraux, avec une couronne posée sur un livre, enluminure

Fiche

Tombeaux Saint-Denis (42 rois), Cléry (Louis XI), Dreux (Orléans), Kostanjevica près de Görz (Charles X) · Lieux Reims, Versailles, Louvre, Fontainebleau, Loire, Conciergerie, chapelle expiatoire · Mémoire statues d'Henri IV, Louis XIII, Louis XIV ; rues, lycées, métro ; monnaies et timbres · Prétendants Orléans (comte de Paris), Anjou (Louis de Bourbon) · Culture Dumas, Druon, Les Rois maudits, Versailles, La Reine Margot · Institutions héritées État unitaire, préfets, Cour des comptes, Conseil d'État, Code civil

Un roi de France n'a pas régné depuis 1848, un monarque depuis 1870 : cent cinquante ans, contre treize siècles. Et pourtant tout ce qui fait la France visible — la carte, la capitale, les châteaux, la langue, l'État — vient des rois ; la République, en changeant le nom du chef, a gardé la maison. Cette page fait l'inventaire de l'héritage : ce qu'on peut voir, ce qu'on a oublié, ce qui reste en litige. Chaque lieu, chaque livre, chaque film a ou aura son article dans la catégorie.

Les tombeaux#

Saint-Denis d'abord : la basilique où Dagobert s'est fait enterrer, où Suger a inventé le gothique, où reposaient quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes. En octobre 1793, la Convention fait ouvrir les tombeaux, jeter les corps dans deux fosses à la chaux, fondre les plombs des cercueils ; les gisants sont sauvés par Alexandre Lenoir pour son musée des Monuments français. Louis XVIII fait rapporter les restes en 1817 dans un ossuaire de la crypte, et y transfère Louis XVI et Marie-Antoinette, retrouvés au cimetière de la Madeleine. La basilique se visite : c'est le plus grand musée de sculpture funéraire d'Europe, et le lieu le plus grave de l'histoire de France — voir notre guide pour visiter Saint-Denis.

Ailleurs : Louis XI à Notre-Dame de Cléry, par sa volonté ; les Orléans à la chapelle royale de Dreux ; Charles X et son fils dans la crypte du couvent de Kostanjevica, près de Gorizia, en Slovénie ; le cœur de Louis XVII à Saint-Denis depuis 2004 ; la tête présumée d'Henri IV, authentifiée puis contestée, dans une collection privée.

Les lieux à visiter#

Reims, la cathédrale des sacres et le palais du Tau ; Versailles, huit millions de visiteurs par an ; le Louvre, avec ses fossés médiévaux sous la Cour Carrée ; Fontainebleau, huit siècles de rois ; Chambord, Amboise, Blois, Chinon, Loches ; Vincennes et son donjon ; la Sainte-Chapelle ; la Conciergerie, dernière prison de Marie-Antoinette ; la chapelle expiatoire, square Louis-XVI ; Pau, où naquit Henri IV. Le site donne pour chacun un article de type « visiter » : ce qu'il faut voir, dans quel ordre, et pourquoi.

La mémoire dans la ville#

Paris garde ses rois à cheval : Henri IV sur le Pont-Neuf (1818, refondue avec le bronze de la statue de Napoléon), Louis XIII place des Vosges, Louis XIV place des Victoires et devant le Louvre, Charlemagne devant Notre-Dame. Les rues : Saint-Louis-en-l'Île, Louis-le-Grand, Henri-IV, Charles-V, Philippe-Auguste, François-Ier, Louis-Philippe — et le lycée Louis-le-Grand, le lycée Henri-IV, le lycée Saint-Louis. Les monnaies ont porté la fleur de lys jusqu'en 1830 ; les timbres ont montré les rois par intermittence. Chaque ville de France a sa place Royale ou sa rue du Roi, souvent débaptisée, parfois rendue.

Les prétendants#

La branche aînée des Bourbons de France s'est éteinte en 1883 avec le comte de Chambord, « Henri V », qui avait refusé le trône en 1873 plutôt que d'abandonner le drapeau blanc. Depuis, deux maisons se réclament de l'héritage : les Orléans, descendants de Louis-Philippe, dont le chef porte le titre de comte de Paris — pour eux, le renoncement de Philippe V d'Espagne au trône de France (Utrecht, 1713) exclut les Bourbons d'Espagne ; les Bourbons d'Espagne, branche aînée par le sang, dont le chef porte le titre de duc d'Anjou — pour eux, les lois fondamentales interdisent tout renoncement, et Philippe Égalité, régicide, a disqualifié sa descendance. La querelle a ses juristes, ses revues, ses cérémonies. Ce site la présente une fois, ici, honnêtement, et ne la tranche pas : il parle des rois qui ont régné.

Les rois dans la culture#

Dumas a donné à la France ses Valois et ses premiers Bourbons — La Reine Margot, Les Trois Mousquetaires —, Hugo son Louis XI, Druon ses Rois maudits ; le cinéma a fait Jeanne d'Arc mille fois, Marie-Antoinette cent fois, Louis XIV en Roi danse et en série ; les manuels de la IIIe République ont fixé les dates — 1515, 1610, 1715 — et les surnoms. Le site tient des articles « vrai ou faux » sur chacun de ces récits : la fiction dit souvent juste sur le sentiment et faux sur le fait. Pour aller aux historiens, voir les meilleurs livres sur les rois de France.

Ce que la République doit aux rois#

L'État unitaire et centralisé, que Tocqueville avait déjà reconnu dans l'Ancien Régime et la Révolution : les intendants devenus préfets, le conseil du roi devenu Conseil d'État, la Chambre des comptes devenue Cour des comptes, le Code Louis devenu Code civil. Les frontières de 1789, qui sont à peu près celles de 2026. Paris capitale. Le français, langue de l'État depuis 1539. Le patrimoine — la moitié des monuments nationaux sont royaux. Et une idée du chef de l'État, arbitre au-dessus des partis, élu pour longtemps, résidant dans un palais royal : la Ve République est, disait Maurice Duverger, une monarchie républicaine. Ce site, avec Bainville, n'en est pas surpris : la France a été faite ainsi.

Ce qu'il en reste, donc#

Presque tout, sauf le roi. C'est l'objet du site : raconter ce que treize siècles ont bâti, dire ce que 1793 a rompu, et laisser le lecteur juger si la maison, sans son propriétaire, est mieux tenue.

À retenir

  • Saint-Denis : 42 rois, profanation de 1793, ossuaire de 1817 — à visiter en premier.
  • Deux prétendants depuis 1883 : Orléans (comte de Paris) et Bourbon-Anjou (duc d'Anjou).
  • Institutions héritées : préfets, Conseil d'État, Cour des comptes, Code civil, État unitaire.
  • Culture : Dumas, Druon, le cinéma — utiles pour le sentiment, à vérifier pour les faits.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Où voir les rois de France aujourd'hui ?

À Saint-Denis, pour les tombeaux ; à Reims, pour le sacre ; à Versailles, au Louvre, à Fontainebleau, à Chambord, pour les châteaux ; à la Conciergerie et à la chapelle expiatoire, pour la fin ; sur le Pont-Neuf, pour Henri IV à cheval.

Y a-t-il encore un prétendant au trône de France ?

Deux : Jean d'Orléans, comte de Paris, chef de la maison d'Orléans, descendant de Louis-Philippe ; et Louis de Bourbon, duc d'Anjou, chef de la branche aînée des Bourbons d'Espagne, descendant de Louis XIV par Philippe V. Orléanistes et légitimistes se disputent la succession depuis 1883. Ce site expose la querelle et n'y prend pas parti.

Que doit la France d'aujourd'hui à ses rois ?

Ses frontières, sa capitale, sa langue officielle, ses institutions administratives et judiciaires, son patrimoine le plus visité, et l'idée même d'un État unitaire avec un chef arbitre — que la Ve République a reprise sous d'autres noms.

Quels livres lire sur les rois de France ?

Pour commencer, Bainville, Histoire de France (1924), et Bordonove, Les Rois qui ont fait la France ; pour aller plus loin, les biographies de Fayard et Perrin — Favier, Bluche, Petitfils, Jouanna — et les chroniqueurs eux-mêmes, Joinville, Commynes, Saint-Simon.

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