Château de Chambord : le rêve de pierre de François Ier
Château de Chambord : pourquoi François Ier l'a bâti, son escalier à double révolution, Louis XIV, le comte de Chambord et ce qu'on y visite aujourd'hui.

Fiche
Où Loir-et-Cher, forêt de Sologne, près de Blois · Construit par François Ier, dès 1519 · Rois qui l'ont habité François Ier, Henri II, Louis XIV · Particularité escalier à double révolution, 426 pièces, 282 cheminées · Aujourd'hui domaine national ouvert à la visite, classé à l'UNESCO avec le Val de Loire
Chambord est le plus grand des châteaux de la Loire et le moins utile : il n'a ni ville, ni fleuve, ni frontière à défendre. François Ier l'a voulu en pleine forêt, pour la chasse et pour la gloire, et c'est pourquoi il est resté le plus célèbre des châteaux des rois de France.
Pourquoi bâtir en pleine forêt ?#
Le site appartenait aux comtes de Blois ; il revient à la Couronne avec Louis XII. François Ier, jeune roi vainqueur à Marignan, y trouve un pavillon de chasse médiéval et de l'eau stagnante. Il décide en 1519 d'élever là un château neuf, à la mode italienne qu'il a vue en Lombardie, mais avec des formes françaises. Il y a une part de défi : le roi vient d'être battu à l'élection impériale par Charles Quint, et il lui faut une demeure qui dise sa puissance.
Pour la construire, on détourne le Cosson, petite rivière du pays, et on fiche des milliers de pieux dans un sol de sable. Jusqu'à 1 800 ouvriers travaillent sur le chantier. François Ier y vient inspecter les travaux, change les plans, exige des tours supplémentaires.
Un plan français, un décor italien#
Le cœur du château est un donjon carré à quatre grosses tours, comme une forteresse médiévale, mais ouvert de larges fenêtres et couronné d'un entassement de cheminées, de lucarnes et de lanternons qui dessine une ville en miniature sur le toit. La noblesse y regardait les chasses depuis les terrasses.
Au centre, l'escalier à double révolution : deux rampes hélicoïdales qui s'enroulent l'une autour de l'autre sans jamais se croiser, de sorte que deux personnes peuvent monter et descendre en s'apercevant sans se rencontrer. On l'attribue volontiers à Léonard de Vinci, mort à Amboise en 1519 : rien ne le prouve, mais l'idée semble bien venue de son cercle. La salamandre, emblème de François Ier, orne les voûtes avec la lettre F.
Sous François Ier et Henri II#
François Ier n'a pu occuper qu'un château inachevé. Il y reçoit Charles Quint en 1539, qui traverse la France en ami avant de réprimer la révolte de Gand,. À la mort du roi en 1547, le donjon est fini, mais l'enceinte et les ailes restent à bâtir. Henri II poursuit le chantier, puis la guerre civile l'interrompt : les Valois n'y reviennent presque plus.
Louis XIV, Molière et les nuits de chasse#
Après un long abandon, Chambord revient à la vie avec Louis XIV, qui y vient neuf fois entre 1660 et 1685 pour la chasse. Il fait achever l'aile ouest, meubler les appartements et aménager le parc. C’est à Chambord que Molière et Lully font jouer Monsieur de Pourceaugnac (1669), puis Le Bourgeois gentilhomme (1670), devant le roi. Le château a retrouvé, pour quelques soirs, la fonction que son fondateur lui avait destinée : faire de la fête un instrument de gouvernement.
L'abandon, la Révolution, le comte de Chambord#
Louis XV prête Chambord à son beau-père, le roi déchu de Pologne Stanislas Leszczynski (1725-1733), puis au maréchal de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, qui y installe ses régiments de uhlans et y meurt en 1750. La Révolution vend les meubles aux enchères en 1792 et laisse le château se délabrer.
En 1821, une souscription nationale offre le domaine au duc de Bordeaux, petit-fils de Charles X, né après l'assassinat de son père. Exilé après 1830, il prend le titre de comte de Chambord et se fait appeler Henri V par les légitimistes. En 1873, c'est de Chambord que son manifeste réclame le drapeau blanc, et la Restauration manque de se faire sur cette querelle d'étendard. Le château passe ensuite à l'État en 1930.
Le lieu aujourd'hui#
Chambord est un domaine national : 5 440 hectares de forêt entourés d'un mur de 32 kilomètres, le plus grand parc forestier clos d'Europe. Le château se visite toute l'année, avec les terrasses d'où l'on voit la forêt s'étendre à l'horizon.
À retenir
- Première pierre en 1519 ; donjon achevé vers 1540 ; 426 pièces, 282 cheminées, 77 escaliers.
- Escalier à double révolution : attribution à Léonard de Vinci non prouvée.
- Louis XIV y fait jouer Molière (1669-1670) et y vient neuf fois.
- 1821 : le domaine offert par souscription au duc de Bordeaux ; 1873 : l'affaire du drapeau blanc ; 1930 : l'État.
Pour aller plus loin#
- Châteaux des rois de France : où vivaient-ils avant Versailles ?
- Le château de Fontainebleau, l'autre grande demeure de François Ier.
- Le Louvre des rois, que François Ier reconstruit à la même époque.
- Les Valois, la dynastie de la Renaissance.
- Louis XIV, le roi qui rend vie à Chambord.
- Tous les rois de France.
Sources#
- Domaine national de Chambord — histoire du château
- Centre des monuments nationaux et UNESCO — Val de Loire
Questions fréquentes#
Qui a construit le château de Chambord ?
François Ier, qui en pose la première pierre en 1519. Le gros œuvre du donjon est achevé vers 1540, la grande enceinte et les derniers travaux sous Henri II, puis Louis XIV, qui fait terminer l'aile ouest et les communs dans les années 1680.
Le roi a-t-il habité à Chambord ?
Peu : François Ier y a séjourné une quarantaine de semaines en tout, pour la chasse. Louis XIV y vient neuf fois entre 1660 et 1685. Chambord est un pavillon de chasse et de réception, jamais une capitale.
Léonard de Vinci a-t-il dessiné Chambord ?
On l'affirme souvent, sans preuve décisive. Léonard est mort en 1519, à Amboise, l'année de la première pierre. Il a pu inspirer le plan, notamment l'escalier ; le maître d'œuvre attesté est Pierre Nepveu, dit Trinqueau, et le projet initial est attribué à l'Italien Domenico da Cortona.
Peut-on visiter Chambord ?
Oui : le château et son parc de 5 440 hectares, clos d'un mur de 32 kilomètres, sont ouverts toute l'année. On visite l'escalier à double révolution, les appartements, et les terrasses d'où l'on voit les toits.