Ivry (14 mars 1590) : « Ralliez-vous à mon panache blanc »

Bataille d'Ivry, 14 mars 1590 : Henri IV écrase l'armée de la Ligue et de l'Espagne. Contexte, déroulement, le mot du panache blanc, conséquences.

Romain Croisade 7 min

Henri IV chargeant à la tête de sa cavalerie, panache blanc au casque, à la bataille d'Ivry en 1590, enluminure

Fiche

Date mercredi 14 mars 1590 · Lieu plaine d'Ivry (aujourd'hui Ivry-la-Bataille, Eure) et de Saint-André-de-l'Eure, en Normandie · Camps Henri IV, roi de France, contre Charles de Lorraine, duc de Mayenne, chef de la Ligue, avec des lansquenets allemands, des Suisses et les lances wallonnes du comte d'Egmont envoyées par Philippe II · Effectifs environ 11 000 royaux ; 16 000 à 19 000 ligueurs et étrangers (chiffres discutés) · Guerre huitième guerre de Religion, dite guerre de la Ligue (guerres de Religion) · Issue victoire royale complète, en moins d'une heure · Pertes 3 000 à 4 000 morts du côté de la Ligue, quelques centaines du côté royal ; le comte d'Egmont tué

Six mois après Arques, le roi que la moitié du royaume refuse gagne la bataille qui va le rendre inévitable. Le 14 mars 1590, dans la plaine d'Ivry, Henri IV charge en tête de sa cavalerie, trois plumes blanches au casque, et rompt en une heure l'armée de la Ligue et de l'Espagne. Ivry ne lui donne pas Paris — il faudra encore quatre ans — mais elle lui donne ce qui manquait à un roi sans capitale ni sacre : la réputation de vaincre.

Le contexte : un roi qui n'a que son armée#

À la mort d'Henri III, en août 1589, le nouveau roi tient quelques villes et une armée qui fond : les catholiques royaux, gênés de servir un protestant, s'en vont. Il se replie en Normandie, où la mer et l'Angleterre peuvent le ravitailler, et bat Mayenne à Arques en septembre par la seule force du terrain. L'hiver, il prend Vendôme, Le Mans, Falaise, Honfleur, et met le siège devant Dreux.

Mayenne, lui, reçoit de Flandre l'aide de Philippe II : dix-huit cents lances wallonnes conduites par le comte d'Egmont — fils du comte décapité à Bruxelles en 1568 —, des reîtres allemands, des Suisses. Fort de cette supériorité, il marche sur le roi pour en finir. Henri lève le siège de Dreux et va au-devant de lui : il n'a pas de quoi tenir une longue guerre, il lui faut une bataille. La Ligue la lui offre.

Le déroulement#

Le terrain et l'ordre de bataille. La plaine est nue, sans haie ni bois, entre l'Eure et le plateau de Saint-André : rien qui puisse compenser le nombre. Henri range son armée en sept escadrons de cavalerie, la sienne au centre, et place entre eux ses arquebusiers en petits paquets — la vieille recette hollandaise du mélange des armes. Mayenne dispose ses gens d'armes en gros blocs compacts, avec les reîtres allemands et les lances d'Egmont en pointe.

La prière. Avant l'engagement, le roi fait dire la prière à toute l'armée, protestants et catholiques chacun à sa façon, et parle brièvement à ses gentilshommes : si les cornettes viennent à manquer, qu'on suive son panache blanc. C'est le moment que retiendra la mémoire française.

Le choc. Les reîtres de Mayenne ouvrent le feu à la caracole — on avance au trot, on décharge le pistolet, on tourne bride pour recharger. La cavalerie royale, elle, charge au galop, l'épée haute, et reçoit le pistolet sans s'arrêter. Egmont enfonce d'abord un escadron royal, mais tombe frappé à mort dans la mêlée ; ses lances, sans chef, s'écoulent. Le roi charge avec sa troupe, disparaît un instant dans la poussière — on le croit tué —, ressort du côté ennemi, son panache rougi, et les reîtres se rendent.

La déroute. En moins d'une heure, les blocs ligueurs se défont et fuient vers Mantes. Les Suisses mettent bas les armes et sont épargnés ; les lansquenets allemands, tenus pour parjures parce qu'ils avaient déjà servi le roi, sont taillés en pièces. Mayenne s'échappe à cheval, un pont coupé derrière lui.

Pourquoi Henri IV a gagné#

Parce qu'il a fait charger là où l'autre a fait tirer. La caracole des reîtres, qui domine l'Europe depuis quarante ans, suppose que l'adversaire s'arrête ; face à des escadrons qui viennent au contact, elle n'est qu'une perte de temps. Parce qu'il a mêlé l'arquebuse à la cavalerie au lieu de les juxtaposer. Parce que son armée, petite, est homogène, commandée par un homme qui la connaît, quand Mayenne conduit une coalition de contingents français, wallons, allemands et suisses qui ne parlent ni la même langue ni le même métier. Et parce que le roi se bat en personne : dans une bataille de cavalerie, la présence du chef à la pointe vaut un régiment.

Au soir, il donne l'ordre qui a fait sa légende autant que le panache : qu'on épargne les Français, qu'on ne poursuive que l'étranger. Il rend les prisonniers, fait soigner les blessés ennemis, renvoie des gentilshommes sur parole. Ce n'est pas seulement de la générosité : la Ligue est faite de sujets, et un roi ne fait pas la guerre d'extermination à son peuple. Toute la politique de ralliement des années suivantes est déjà là.

Les conséquences#

Militairement, la route de Paris est ouverte ; politiquement, elle ne l'est pas. Henri IV, plutôt que d'entrer de force dans une capitale qui le hait, choisit le blocus : de mai à septembre 1590, Paris meurt de faim — on y mange, dit-on, du pain d'os broyés — pendant que les prédicateurs ligueurs promettent le martyre. Le roi laisse passer des vivres et fait sortir les bouches inutiles, au grand scandale de ses capitaines. Alexandre Farnèse, duc de Parme, descend des Pays-Bas avec l'armée d'Espagne et lui fait lever le siège sans livrer bataille : la meilleure manœuvre du siècle, contre laquelle la victoire d'Ivry ne peut rien.

La guerre durera donc encore quatre ans, et ce n'est pas une bataille qui la finira, mais l'abjuration de Saint-Denis (25 juillet 1593), le sacre de Chartres (27 février 1594) et l'entrée dans Paris (22 mars 1594). Ivry aura servi à autre chose : elle a prouvé aux catholiques royaux hésitants que ce roi-là gagnerait, et à l'Espagne qu'elle devrait payer longtemps. Le reste s'est acheté, ville par ville.

Vrai ou faux#

« Ralliez-vous à mon panache blanc » : vrai pour le panache, incertain pour la phrase. Henri IV portait bien des plumes blanches au casque, et il avait de bonnes raisons pour cela : dans une mêlée, ses gens devaient le voir. Mais la formule que tout le monde connaît nous est transmise par des récits postérieurs — celui de Hardouin de Péréfixe, précepteur de Louis XIV, publié en 1661 — et arrondie encore par Voltaire dans La Henriade. Le mot dit juste ce que le roi a fait ; il ne le dit pas forcément dans ces termes.

Ivry a donné Paris à Henri IV : faux. Le siège de 1590 échoue devant Farnèse, et la capitale reste ligueuse jusqu'en 1594. Une bataille gagnée ne convertit pas une ville.

À retenir

  • Septembre 1589 : Arques ; 14 mars 1590 : Ivry, seconde victoire d'Henri IV sur Mayenne.
  • La charge à l'épée bat la caracole au pistolet ; Egmont tué, l'armée de la Ligue rompue en une heure.
  • Ordre du roi : épargner les Français, ne poursuivre que les étrangers.
  • Mai-septembre 1590 : siège de Paris, levé par Farnèse.
  • 1593-1594 : abjuration, sacre à Chartres, entrée dans Paris — c'est cela, et non Ivry, qui finit la guerre.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Pierre de L'Estoile, Journal du règne de Henri IV ; Recueil des lettres missives de Henri IV, éd. Berger de Xivrey — Gallica
  • Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Fayard, 1982 ; Jean-Marie Constant, La Ligue, Fayard, 1996.
  • Hardouin de Péréfixe, Histoire du roy Henry le Grand, 1661 (source de la formule du panache blanc) — BnF

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille d'Ivry en 1590 ?

Henri IV, avec une armée deux fois moins nombreuse, contre l'armée de la Ligue catholique commandée par le duc de Mayenne et renforcée de troupes espagnoles et wallonnes. La bataille fut décidée en moins d'une heure.

Henri IV a-t-il vraiment dit « ralliez-vous à mon panache blanc » ?

Le panache blanc est attesté : il le portait pour être reconnu de loin. La phrase, elle, nous vient de récits postérieurs, dont celui de Hardouin de Péréfixe en 1661 ; le sens est conforme à ce qu'il a fait, la formule exacte ne l'est pas.

Où a eu lieu la bataille d'Ivry ?

En Normandie, dans la plaine entre Ivry — aujourd'hui Ivry-la-Bataille, dans l'Eure — et Saint-André-de-l'Eure, à une vingtaine de kilomètres au sud de Dreux.

Ivry a-t-elle mis fin aux guerres de Religion ?

Non. Paris tint encore quatre ans : il fallut l'abjuration d'Henri IV en 1593, l'entrée dans la capitale en 1594 et l'édit de Nantes en 1598 pour fermer la période.

À lire aussi