Sully : le ministre d'Henri IV et la poule au pot (1559-1641)

Biographie de Sully (1559-1641), ministre d'Henri IV : le huguenot fidèle qui remit en ordre les finances du royaume. Et qui a dit « la poule au pot » ?

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Sully présentant ses registres de comptes à Henri IV, enluminure

Fiche

Né le 13 décembre 1559, à Rosny-sur-Seine · Mort le 22 décembre 1641, au château de Villebon · Origine Maximilien de Béthune, petite noblesse protestante du Mantois · Rôle surintendant des finances (1598-1611), grand voyer, grand maître de l'artillerie, duc et pair (1606), maréchal de France (1634) · Roi Henri IV · Période 1572-1611 au service du roi · Enterré à Nogent-le-Rotrou

Sully est le ministre qui a remis le royaume en ordre après les guerres de Religion. Compagnon d'armes d'Henri IV, huguenot resté fidèle à sa foi et à un roi devenu catholique, il a fait d'un État ruiné un État solvable en douze ans : c'est le premier des grands ministres de la monarchie, présentés dans comment le roi gouvernait la France. La « poule au pot », elle, n'est pas de lui.

Origines : un huguenot au service du Béarnais#

Maximilien de Béthune naît en 1559 dans une famille de petite noblesse convertie à la Réforme. À douze ans, il entre au service d'Henri de Navarre et le suit à Paris pour ses noces. Pendant la nuit de la Saint-Barthélemy, il traverse la ville un livre d'heures sous le bras et trouve refuge au collège de Bourgogne : c'est lui-même qui le raconte.

Vingt ans de guerre suivent. Le baron de Rosny combat à Coutras, puis à Ivry en 1590, où il est grièvement blessé. En 1593, protestant convaincu, il conseille pourtant au roi d'abjurer : la France ne se laisserait gouverner que par un roi catholique. Il juge en homme d'État avant de juger en homme de parti.

Son pouvoir : les finances du royaume#

Entré au conseil des finances en 1596, il en devient le maître en 1598, l'année de l'édit de Nantes. La situation est désastreuse : près de 300 millions de livres de dettes, des recettes détournées par les receveurs, des provinces ruinées. Sully contrôle les comptes lui-même, poursuit les financiers indélicats, renégocie les rentes, rachète une partie du domaine engagé et allège la taille en reportant l'effort sur les impôts indirects. Il soutient la paulette de 1604, qui rend les offices héréditaires contre un droit annuel : un revenu sûr pour le roi, mais une noblesse de robe qui ne dépendra plus de lui.

En 1610, la dette a fondu et le trésor de la Bastille compte plus de dix millions de livres. Grand voyer de France, il fait réparer routes et ponts, planter des ormes le long des chemins et ouvrir le chantier du canal de Briare. Grand maître de l'artillerie, il installe ses canons à l'Arsenal, où il loge ; ils emportent les forteresses de Savoie en 1600.

Face au roi et à la cour#

Henri IV le tutoie, le gronde, l'écoute. Sully est probe, travailleur et dur : la cour le déteste parce qu'il refuse les pensions. Il s'oppose aux manufactures de soie de Laffemas et préfère la terre, dans la formule qu'il a laissée : « labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée ». Il combat aussi le projet de mariage du roi avec Gabrielle d'Estrées, qui aurait compromis la succession. Son défaut est l'orgueil, et il cumule les charges et les terres, de Rosny à Sully-sur-Loire.

Retraite et mort#

Le 14 mai 1610, Ravaillac tue le roi. La régente Marie de Médicis et Concini veulent le trésor ; Sully, seul protestant du conseil, démissionne au début de 1611. Il vit encore trente ans sur ses terres. Richelieu le fait maréchal de France en 1634. Il meurt à Villebon en 1641, protestant jusqu'au bout.

Ce qu'il en reste#

Ses Œconomies royales, mémoires publiés à partir de 1638, où il magnifie son propre rôle et expose le « Grand Dessein » d'une Europe chrétienne en quinze États, projet qu'il prête au roi. Le château de Sully-sur-Loire et l'hôtel de Sully, dans le Marais. Et la légende du bon roi et de son ministre, que le XIXe siècle a gravée dans les manuels. Vu d'ici, Sully montre ce que la monarchie pouvait faire quand le roi avait un serviteur loyal : remettre en ordre un royaume par l'économie et la probité, sans révolution. Il n'a pas réformé l'impôt pour autant : la vénalité des offices qu'il a consolidée pèsera lourd jusqu'en 1789.

À retenir

  • 1559 : naissance à Rosny ; 1572 : survit à la Saint-Barthélemy au service d'Henri de Navarre.
  • 1590 : blessé à Ivry ; 1593 : conseille l'abjuration du roi, sans abjurer lui-même.
  • 1598-1611 : surintendant des finances ; dette résorbée, trésor de la Bastille, paulette (1604).
  • « La poule au pot » est un mot prêté à Henri IV par Péréfixe en 1661 ; celui de Sully, ce sont les « deux mamelles ».
  • 1611 : démission sous la régence ; 1641 : mort à Villebon.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Sully, Mémoires des sages et royales Œconomies d'Estat ; Hardouin de Péréfixe, Histoire du roy Henry le Grand (1661) — Gallica
  • Bernard Barbiche et Ségolène de Dainville-Barbiche, Sully, Fayard, 1997 — BnF
  • Château de Sully-sur-Loire

Questions fréquentes#

Qui était Sully ?

Maximilien de Béthune, baron de Rosny puis duc de Sully (1559-1641), gentilhomme protestant, compagnon d'armes puis principal ministre d'Henri IV. Surintendant des finances de 1598 à 1611, il remit en ordre les finances du royaume après les guerres de Religion.

Est-ce Sully qui a dit « la poule au pot » ?

Non. Le vœu que chaque paysan ait la poule au pot le dimanche est prêté à Henri IV lui-même par Hardouin de Péréfixe, en 1661. La formule authentique de Sully est autre : « labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée ».

Sully était-il protestant ?

Oui, toute sa vie. Il conseilla pourtant à Henri IV d'abjurer en 1593, parce qu'un roi de France ne pouvait être que catholique, et resta lui-même fidèle à la religion réformée.

Pourquoi Sully a-t-il quitté le pouvoir ?

Parce qu'après l'assassinat d'Henri IV, en 1610, la régente Marie de Médicis et son entourage, Concini en tête, voulaient puiser dans le trésor qu'il gardait. Isolé, il démissionna au début de 1611.

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