Napoléon Ier : biographie de l'empereur, le génie et le bilan (1804-1815)
Biographie de Napoléon Ier (1769-1821) : Brumaire, Concordat, sacre de 1804, centralisation, trônes d'Europe renversés, Waterloo et le bilan pour la France.
Mis à jour le 14 octobre 2026

Fiche
Né le 15 août 1769, à Ajaccio · Mort le 5 mai 1821, à Longwood (Sainte-Hélène) · Règne empereur des Français du 18 mai 1804 au 6 avril 1814, puis du 20 mars au 22 juin 1815 (Premier consul depuis le 9 novembre 1799) · Sacre 2 décembre 1804, à Notre-Dame de Paris, en présence de Pie VII · Dynastie Bonaparte · Père Charles Bonaparte · Mère Letizia Ramolino · Épouses Joséphine de Beauharnais (1796, répudiée en 1809), Marie-Louise d'Autriche (1810) · Prédécesseur Louis XVI, dernier roi à régner ; Louis XVII et Louis XVIII, rois en titre selon la tradition · Successeur Louis XVIII · Enterré à Sainte-Hélène, puis aux Invalides (1840)
Le 2 décembre 1804, à Notre-Dame, le pape attend, les mains tendues vers la couronne posée sur l'autel. Napoléon la prend avant lui et la pose lui-même sur sa tête. Le geste dit tout de l'homme : il veut ce que les rois de France ont eu — l'onction, le manteau, la dynastie — mais il ne veut le tenir de personne. Onze ans après la mort de Louis XVI, la France a de nouveau un monarque sacré. Ce n'est pas un roi, et ce site ne le compte pas parmi eux ; mais aucune histoire de la monarchie ne peut passer de 1793 à 1814 sans lui, et les Bonaparte sont, à leur manière, l'aveu que la France ne se gouverne pas sans un maître. Nous le regardons donc avec l'admiration due au génie et la lucidité que commande le bilan : un État centralisé comme aucun roi n'en avait voulu, une Europe des trônes renversée pour y asseoir une famille, et une Église remise sous tutelle.
Avant le trône : l'officier du roi#
Napoléon naît à Ajaccio le 15 août 1769, un an après que Louis XV a acheté la Corse à Gênes. Sa famille, petite noblesse d'origine toscane, obtient du roi une bourse : Brienne (1779-1784), puis l'École militaire de Paris, d'où il sort lieutenant en second d'artillerie au régiment de La Fère (1785). Il est, à seize ans, un officier de Louis XVI. La Révolution lui ouvre une carrière que l'ancienne France, avec ses lenteurs, lui aurait fermée : capitaine en 1792, il reprend Toulon aux Anglais en décembre 1793 et devient général de brigade à vingt-quatre ans. Le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), il mitraille les royalistes parisiens devant Saint-Roch pour la Convention : sa fortune commence là.
L'armée d'Italie (1796-1797) fait le reste — Lodi, Arcole, Rivoli, Campoformio. L'Égypte (1798-1799) est une aventure ratée, la flotte détruite à Aboukir, mais la légende y gagne les Pyramides. Rentré sans ordre, il renverse le Directoire au 18 Brumaire (9 novembre 1799). Premier consul à trente ans, consul à vie en 1802, il tient déjà la France.
Le règne#
Arrêter la Révolution en la consolidant (1799-1804)#
Le Consulat est l'œuvre la plus durable. En cinq ans, Napoléon donne à la France les cadres qu'elle a encore : la Banque de France et les préfets (1800), le franc germinal (1803), les lycées et la Légion d'honneur (1802), le Code civil (21 mars 1804). Le Concordat signé avec Pie VII (15 juillet 1801) rouvre les églises fermées par la Terreur, rend à la France ses prêtres et ses cloches — mais l'État nomme les évêques, salarie le clergé, et le pape doit accepter la vente des biens de l'Église : la paix religieuse est réelle, et elle est payée par la soumission. Le Code, de même, fixe l'ordre des familles et de la propriété, y compris la propriété prise aux émigrés et au clergé. Napoléon l'a dit lui-même, en substance : il est la Révolution fixée sur ses principes. Il n'est pas un contre-révolutionnaire ; il est celui qui l'a rendue vivable en la mettant en ordre.
Le duc d'Enghien, dernier des Condé, enlevé en pays de Bade et fusillé dans les fossés de Vincennes le 21 mars 1804 — le jour même de la promulgation du Code —, marque la limite : Napoléon prouve aux régicides qu'il ne rendra pas le trône aux Bourbons. Deux mois plus tard, le sénatus-consulte du 18 mai 1804 le fait empereur des Français.
Le sacre et la cour (1804-1805)#
Le sacre du 2 décembre 1804 emprunte tout à Reims — l'onction, les regalia, le manteau semé — et en change le sens : à Notre-Dame et non à Reims, sans la sainte ampoule, avec des abeilles d'or et non des lys, un empereur qui se couronne lui-même et couronne Joséphine. Le pape, venu de Rome pour cela, n'aura obtenu que le mariage religieux des époux, célébré en hâte la veille. Autour du trône, Napoléon reconstruit une cour : grands dignitaires, étiquette rédigée d'après celle de Louis XIV, les Tuileries, Saint-Cloud, Fontainebleau et Compiègne rouverts, une noblesse d'Empire (1808), des frères faits rois à Naples, en Hollande, en Westphalie, en Espagne. Une dynastie bâtie en dix ans, quand les Capétiens avaient mis trois siècles.
La guerre perpétuelle (1805-1812)#
L'Empire vit par la guerre et en meurt. Trafalgar (21 octobre 1805) lui ôte la mer pour toujours ; Austerlitz (2 décembre 1805), Iéna (14 octobre 1806), Friedland (14 juin 1807) lui donnent le continent. Tilsit (1807) partage l'Europe avec le tsar. Le Blocus continental (1806), destiné à ruiner l'Angleterre, oblige à tout tenir : c'est lui qui conduit en Espagne (1808), où l'enlèvement des Bourbons à Bayonne soulève un peuple entier et ouvre une plaie qui ne se refermera pas ; c'est lui qui conduit à Rome, annexée en 1809. Pie VII excommunie l'empereur ; Napoléon le fait arrêter et l'enferme à Savone, puis à Fontainebleau. Le successeur des rois Très Chrétiens tient le pape prisonnier, comme Philippe le Bel n'avait jamais osé le faire. Wagram (1809) est la dernière grande victoire. Pour un héritier, Napoléon répudie Joséphine et épouse Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche et petite-nièce de Marie-Antoinette (1810) : le roi de Rome naît le 20 mars 1811.
La chute (1812-1815)#
En juin 1812, la Grande Armée — plus de 600 000 hommes, dont la moitié d'étrangers — passe le Niémen. Moscou brûle en septembre ; la retraite, la Bérézina, l'hiver en laissent quelques dizaines de milliers. L'Europe se lève : Leipzig (16-19 octobre 1813) est perdue, la campagne de France (1814), menée avec des conscrits, est un chef-d'œuvre inutile. Paris capitule le 31 mars ; les maréchaux imposent l'abdication, signée à Fontainebleau le 6 avril 1814. Napoléon reçoit l'île d'Elbe. Louis XVIII entre à Paris le 3 mai.
Dix mois plus tard, il revient : débarqué à Golfe-Juan le 1er mars 1815, aux Tuileries le 20 mars sans un coup de feu. Les Cent-Jours s'achèvent à Waterloo (18 juin 1815) ; la seconde abdication (22 juin) en faveur de son fils n'est qu'un mot. Livré aux Anglais, il aborde Sainte-Hélène en octobre 1815.
Gouverner : la centralisation achevée#
Napoléon a gouverné comme les grands rois, et plus durement qu'eux, parce qu'il gouvernait sans rien de ce qui les bornait. L'ancienne France était un royaume de corps : provinces avec leurs États et leurs coutumes, villes avec leurs franchises, Parlements qui remontraient, métiers, universités, Église propriétaire et libre. La Révolution a tout rasé ; Napoléon a bâti sur le vide un État d'une pièce. Le préfet, nommé de Paris, tient le département comme l'intendant ne tenait pas la généralité — sans États, sans Parlement, sans évêque indépendant en face de lui ; les maires sont nommés, les communes n'élisent plus personne. Le Conseil d'État prépare les lois, des assemblées dociles les enregistrent, les plébiscites remplacent le consentement des corps par l'acclamation d'une foule. Fouché surveille, la presse est réduite à quatre journaux, la police est partout. La conscription — l'« impôt du sang », dit-on alors — arrache chaque année à la France des dizaines de milliers de fils que la monarchie, avec ses milices, n'avait jamais osé lever. Tocqueville l'a montré : la centralisation commencée par les intendants a été achevée par l'Empire, et la France y a perdu ses libertés locales pour un siècle. Ce qui manque est décisif pour qui pense avec Bonald et Maistre : un pouvoir sans corps intermédiaires n'est pas plus fort, il est seulement plus fragile — il tient à un homme, et il tombe avec lui, deux fois, en 1814 et en 1815.
L'Église en fait l'expérience. Les Articles organiques, ajoutés au Concordat sans l'accord de Rome, soumettent bulles et conciles à l'autorisation de l'État ; l'Université impériale (1808) donne à l'État le monopole de l'enseignement que les collèges d'Église tenaient depuis des siècles ; le Catéchisme impérial (1806) fait de la fidélité à Napoléon un devoir religieux enseigné aux enfants, et une Saint-Napoléon est inventée pour le 15 août, jour de l'Assomption. Le roi Très Chrétien protégeait l'Église ; l'empereur l'emploie.
L'Empire et la franc-maçonnerie#
Il faut dire ici, sans en faire une clef de tout, ce que les faits établissent. Condamnée par les papes depuis 1738, dispersée sous la Terreur, la franc-maçonnerie renaît sous le Consulat et devient sous l'Empire un rouage de l'État : Joseph Bonaparte est grand maître du Grand Orient de France dès 1804, Cambacérès son adjoint et le vrai maître de l'obédience ; Murat, Lucien, Louis et Jérôme Bonaparte, une bonne part des maréchaux et des dignitaires tiennent des loges qui passent d'une centaine à près de 1 200 en dix ans, et qui suivent les armées en Espagne, en Italie, en Allemagne. Napoléon lui-même n'a jamais été initié de façon attestée — la légende d'une réception à Malte ou en Égypte ne repose sur rien — et il s'en est servi comme d'une police et d'une propagande, non comme d'une foi. Mais le résultat est là : pendant que le pape est prisonnier à Savone, la maçonnerie siège aux Tuileries, et l'Empire a répandu en Europe, avec ses préfets et son Code, une société dont l'Église avait dit ce qu'elle pensait. La Restauration héritera de cet appareil et n'osera pas le dissoudre.
L'Europe des rois renversée#
Napoléon n'a pas seulement fait la guerre aux rois : il a détruit leurs trônes, et c'est peut-être, vu de la tradition, sa faute la plus lourde. Venise, république millénaire, est vendue à l'Autriche à Campoformio (1797) ; les chevaliers de Malte sont chassés de leur île (1798) ; Gênes, le Piémont, la Toscane, Parme, les États du pape sont annexés et la maison de Savoie réfugiée en Sardaigne. Le Recès de 1803 fait disparaître les principautés ecclésiastiques d'Allemagne et une centaine d'États d'Empire ; en 1806, François II dépose la couronne du Saint-Empire romain germanique, vieux de mille ans, que Napoléon a rendu impossible. Les Bourbons de Naples sont chassés (1806) pour Joseph puis Murat ; les Bragance fuient Lisbonne (1807) devant Junot ; les Bourbons d'Espagne, attirés à Bayonne, sont contraints d'abdiquer (1808) pour Joseph ; la Hollande reçoit Louis, la Westphalie Jérôme, le Hanovre, le Brunswick, la Hesse sont rayés de la carte. À Vienne, en 1815, il faudra que Talleyrand invente le mot de légitimité pour rebâtir ce que l'Empire avait abattu.
Le mal est double. D'abord parce que ces trônes tenaient l'ordre de l'Europe chrétienne depuis des siècles et qu'on ne les a pas remplacés par mieux : des frères, des beaux-frères, des maréchaux, installés et déplacés comme des préfets. Ensuite parce qu'en portant partout, avec ses armées, le Code, la conscription, l'égalité civile et le mépris des vieilles dynasties, Napoléon a réveillé les nations — l'Espagne, la Prusse, l'Italie — contre lui d'abord, contre les rois ensuite : le nationalisme allemand et italien du XIXe siècle, qui fera l'unité de l'Allemagne contre la France et emportera les trônes de 1918, est né dans les guerres de l'Empire. Maistre, qui l'observait de Saint-Pétersbourg, le tenait pour le fléau par lequel la Providence châtiait l'Europe des Lumières. Bainville, plus sobre, constate que la France a payé le premier ce que Napoléon avait déchaîné.
Mort et succession#
À Longwood, six ans de pluie, de querelles avec le gouverneur Hudson Lowe et de dictée : le Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases fabrique la légende d'un empereur libéral et pacifique. Napoléon meurt le 5 mai 1821, à cinquante et un ans, d'un cancer de l'estomac selon toute vraisemblance — l'hypothèse de l'arsenic, agitée depuis les années 1960, n'a jamais été démontrée. Il demande à reposer « sur les bords de la Seine ». Louis-Philippe l'y ramène le 15 décembre 1840, aux Invalides : un roi des Français honorant l'homme qui avait chassé les Bourbons, pour plaire à une opinion qui lui échappait déjà. Sur le trône, la succession a été réglée en 1814 : c'est Louis XVIII, frère de Louis XVI, qui gouverne avec la Charte — en gardant le Code, les préfets, le Concordat et la Légion d'honneur.
Ce qu'il en reste : le génie et le bilan#
Le génie est entier : militaire, avec une manière de faire la guerre que toute l'Europe a copiée ; administratif, car l'État français d'aujourd'hui, dans ses cadres, ses codes, ses grands corps, date de lui. Le bilan, pour la France, est terrible, et c'est Bainville qui l'a dressé : près d'un million de morts français ; la France de 1815 ramenée en deçà des frontières de 1792, sans la Belgique, sans la rive gauche du Rhin, sans la Savoie, avec 700 millions d'indemnité et trois ans d'occupation ; la marine détruite, les colonies perdues, l'Angleterre maîtresse des mers pour un siècle ; et, pire que tout, l'Allemagne réveillée, simplifiée par le Recès de 1803 et la Confédération du Rhin, préparée à l'unité que la Prusse fera contre nous en 1870. Louis XIV avait laissé Lille et Strasbourg ; Napoléon rend la France plus petite qu'il ne l'a reçue. À l'intérieur, une France sans libertés locales, sans corps, tenue de Paris par des préfets ; à l'extérieur, une Europe sans ses vieux trônes, livrée aux nationalités. « Le prodige d'un homme et le désastre d'un pays » : le mot dit tout.
Reste l'essentiel, que ce site retient : après avoir tué son roi, la France a rétabli d'elle-même, en dix ans, un monarque, un sacre, une cour, une dynastie. Napoléon avait l'armée sans la légitimité ; les Bourbons de 1814 avaient la légitimité sans l'armée. La monarchie capétienne avait eu les deux pendant huit siècles, et c'est avec elles qu'elle avait fait la France.
À retenir
- 1769 : naissance à Ajaccio (15 août). 1793 : Toulon, général à vingt-quatre ans.
- 1799 : 18 Brumaire (9 novembre), Premier consul. 1801 : Concordat. 1804 : Code civil (21 mars), duc d'Enghien, empereur (18 mai), sacre à Notre-Dame (2 décembre).
- 1805-1809 : Trafalgar, Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram ; 1806 : fin du Saint-Empire, les Bourbons chassés de Naples ; 1808 : les Bourbons d'Espagne déposés à Bayonne ; 1809 : le pape prisonnier.
- 1812-1814 : la Russie, Leipzig, abdication de Fontainebleau (6 avril 1814).
- 1815 : Cent-Jours, Waterloo (18 juin). 1821 : mort à Sainte-Hélène (5 mai) ; retour des cendres en 1840.
Pour aller plus loin#
- Les Bonaparte (1804-1815, 1852-1870) : l'Empire vu depuis la tradition royale — la synthèse de la dynastie.
- Les Bourbons (1589-1848) — la dynastie interrompue en 1792, rétablie en 1814.
- Le sacre de Napoléon (1804) : ce qu'il copie, ce qu'il trahit — la journée du 2 décembre et le serment qui inverse celui de Reims.
- La cérémonie du sacre à Reims — le modèle que Notre-Dame copie en 1804, et le sacre des rois de France, avec la liste de tous les sacres.
- Château de Fontainebleau : de Louis VII à Napoléon — la prison de Pie VII et la cour des Adieux.
- Louis XIV — la cour et l'État dont Napoléon a repris les formes.
- Tous les rois de France et la chronologie.
Sources#
- Jacques Bainville, Napoléon, Fayard, 1931 — Gallica
- Emmanuel de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène (1823) — Gallica
- Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, Fayard, 1977 ; Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, Fayard, 2002-2010 — Fondation Napoléon
Questions fréquentes#
Napoléon Ier est-il un roi de France ?
Non. Il est « empereur des Français » (1804-1814, 1815), titre créé pour lui et qui évite volontairement le mot de roi. Il figure dans la liste des monarques de France, entre Louis XVI et Louis XVIII, mais pas dans celle des rois sacrés à Reims.
Qui a succédé à Napoléon Ier ?
Louis XVIII, frère de Louis XVI, entré à Paris le 3 mai 1814 après l'abdication de Fontainebleau, puis de nouveau en juillet 1815 après Waterloo. Napoléon II, le roi de Rome, n'a été empereur que sur le papier, quelques jours en juin 1815.
Comment est mort Napoléon Ier ?
À Longwood, sur l'île de Sainte-Hélène, le 5 mai 1821, à cinquante et un ans, très probablement d'un cancer de l'estomac, comme son père. La thèse de l'empoisonnement à l'arsenic n'a jamais été établie. Son corps est ramené aux Invalides en 1840.
Combien de temps Napoléon Ier a-t-il régné ?
Un peu moins de dix ans comme empereur (18 mai 1804 - 6 avril 1814), plus les Cent-Jours (20 mars - 22 juin 1815) ; mais il gouverne la France depuis le 18 Brumaire (9 novembre 1799), soit quinze ans en tout.