Sainte Clotilde : la reine qui convertit Clovis (v. 474-545)
Biographie de sainte Clotilde, princesse burgonde, épouse de Clovis et première reine des Francs : le baptême de Reims, ses fils, Tours, sa mort en 545.
Mis à jour le 24 septembre 2026

Fiche
Née vers 474, à Lyon · Morte le 3 juin 545, à Tours · Origine princesse burgonde, fille du roi Chilpéric II et de Carétène · Rôle reine des Francs, première reine de la lignée royale de France · Roi Clovis, épousé vers 493 · Enfants Ingomer (mort au berceau), Clodomir, Childebert, Clotaire, Clotilde la Jeune · Enterrée à Paris, basilique des Saints-Apôtres (Sainte-Geneviève) · Fête 3 juin
Une princesse catholique élevée dans une famille arienne, mariée par raison d'État à un roi païen, et qui obtient de lui ce que les évêques n'avaient pas obtenu : le baptême. Sainte Clotilde est la première des reines de France, et l'une des plus décisives : sans elle, le royaume des Francs aurait pu devenir arien, comme ceux des Goths et des Burgondes, et la France ne serait pas la fille aînée de l'Église. Nous la racontons d'après Grégoire de Tours, qui écrit un siècle après elle, en séparant l'établi de la légende.
D'où vient Clotilde et comment devient-elle reine ?#
Clotilde naît vers 474 à Lyon, dans le royaume burgonde, fille du roi Chilpéric II. Vers 490, son oncle Gondebaud élimine son frère et prend le pouvoir ; Grégoire de Tours affirme qu'il fit tuer le père de Clotilde et noyer sa mère, ce que les historiens jugent douteux — une lettre de saint Avit montre Carétène morte chrétiennement à Lyon. L'orpheline est élevée à Genève chez un autre oncle, Godegisel. Les Burgondes sont ariens — ils nient la pleine divinité du Christ —, mais sa mère est catholique, et la jeune fille grandit dans la foi de Nicée.
Vers 493, Clovis, roi des Francs saliens depuis 481, demande sa main. Le mariage est politique : une alliance avec le royaume de la Saône et du Rhône pour le Franc, un gendre redoutable pour Gondebaud. Les noces ont lieu à Soissons, selon la tradition. Clotilde a vingt ans ; elle est reine d'un roi qui sacrifie encore aux dieux de ses pères.
Comment a-t-elle converti Clovis ?#
Grégoire de Tours raconte l'affaire en trois temps. Clotilde prêche d'abord à son mari le Dieu unique et lui obtient de faire baptiser leur premier fils, Ingomer, qui meurt dans ses langes ; Clovis s'emporte — les dieux francs, dit-il en substance, l'auraient gardé en vie. Elle fait baptiser le second, Clodomir, qui tombe malade et que ses prières sauvent. Puis vient la guerre : à Tolbiac, vers 496, les Francs plient devant les Alamans, et Clovis, dans la mêlée, invoque « le Dieu de Clotilde » en promettant de se faire baptiser s'il l'emporte. Il l'emporte. La reine fait alors venir en secret l'évêque Remi, qui achève d'instruire le roi. Le baptême a lieu à Reims, un jour de Noël — 496 selon la tradition, entre 498 et 508 selon plusieurs historiens —, avec trois mille guerriers.
Ce que la reine a fait est donc précis : tenir la foi dans la maison du roi, gagner les enfants, préparer l'évêque, saisir l'instant. Ce qu'elle n'a pas fait, il faut le dire aussi : la décision de Clovis est celle d'un chef qui comprend que les évêques et les Gallo-Romains — l'immense majorité de ses sujets — sont catholiques, et que choisir Nicée contre Arius, c'est s'assurer leur appui contre les Wisigoths et les Burgondes ariens. La foi de la reine et le calcul du roi ont convergé.
La reine auprès du roi#
De 496 à 511, Clotilde est la reine d'un roi qui conquiert — l'Aquitaine à Vouillé (507), Paris pour capitale. Elle fonde avec lui, sur la rive gauche, la basilique des Saints-Apôtres, où sainte Geneviève est enterrée et où le couple royal se fera inhumer. Elle donne au roi quatre fils, dont trois vivront, et une fille, Clotilde, mariée plus tard au roi wisigoth Amalaric. Quand Clovis meurt à Paris le 27 novembre 511, elle a trente-sept ans ; le royaume est partagé entre ses trois fils et Thierry, l'aîné né d'une première union.
Après Clovis : Tours, les fils, les petits-fils#
Veuve, Clotilde s'établit à Tours, auprès du tombeau de saint Martin, où elle vivra plus de trente ans dans la prière et l'aumône. Elle ne disparaît pas de la politique, et c'est ici que les sources sont les plus lourdes. Grégoire de Tours lui prête d'avoir poussé ses fils à venger ses parents sur les Burgondes : la guerre de 523-524 coûte la vie à Clodomir, tué à Vézeronce. Elle recueille ses trois petits-fils orphelins. En 531, Childebert et Clotaire, qui convoitent l'héritage de leur frère, lui envoient des ciseaux et une épée : qu'elle choisisse pour les enfants la tonsure — l'exclusion du trône — ou la mort. Grégoire rapporte qu'elle répond, dans sa douleur, préférer les voir morts que tondus ; Clotaire égorge deux enfants, le troisième, Clodoald, s'échappe et sera saint Cloud. Le mot de la reine, rapporté un siècle plus tard, ne doit pas être lu comme un consentement au meurtre ; elle fera ensuite tout pour apaiser ses fils.
Comment est morte sainte Clotilde ?#
À Tours, le 3 juin 545, âgée d'environ soixante-dix ans, entourée de ses deux fils survivants. Childebert et Clotaire portent son corps à Paris et l'ensevelissent dans la basilique des Saints-Apôtres, auprès de Clovis et de sainte Geneviève. Elle laisse des fondations — Les Andelys, Saint-Pierre de Tours, Saint-Germain d'Auxerre — et le souvenir d'une reine devenue, en substance selon Grégoire, une servante de Dieu.
Ce qu'il en reste#
Un culte, d'abord : Clotilde est vénérée comme sainte depuis le haut Moyen Âge, fêtée le 3 juin en France ; ses reliques, conservées à Sainte-Geneviève, sont brûlées par la Révolution en 1793, sauf quelques fragments sauvés, aujourd'hui à l'église Saint-Leu-Saint-Gilles de Paris. Un modèle, ensuite : la reine chrétienne qui convertit un roi païen, donnée en exemple à chaque reine de France. Une place, enfin, dans l'histoire nationale : le baptême de Reims fonde le lien entre le roi et l'Église qui durera jusqu'au sacre de Charles X en 1825, et c'est une femme qui l'a préparé. La basilique Sainte-Clotilde à Paris (1857) et le tableau du baptême dans mille églises de France ne disent pas autre chose.
À retenir
- Vers 474 : naissance à Lyon, dans le royaume burgonde arien.
- Vers 493 : mariage avec Clovis, roi des Francs.
- Vers 496 : Tolbiac, puis baptême de Clovis à Reims par saint Remi.
- 511 : mort de Clovis ; Clotilde se retire à Tours.
- 531 : meurtre de ses petits-fils ; 3 juin 545 : mort à Tours, inhumée à Paris auprès de Clovis.
Pour aller plus loin#
- Clovis : biographie du premier roi des Francs (481-511) — le roi qu'elle a conduit au baptême.
- Le baptême de Clovis à Reims : date, sens, conséquences — le jour où son œuvre a abouti.
- Les reines de France : rôle, pouvoir et destin — la synthèse dont elle ouvre la liste.
- Les Mérovingiens (481-751) — la dynastie de ses fils et petits-fils.
- Le sacre des rois de France : liste de tous les sacres — ce que le baptême de Reims a fondé.
- Tous les rois de France et la chronologie.
Sources#
- Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livres II et III — Gallica
- Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996 ; Godefroid Kurth, Sainte Clotilde, Lecoffre, 1897 — Gallica
- Nominis — Sainte Clotilde (Église catholique en France)
Questions fréquentes#
Qui était sainte Clotilde ?
Une princesse burgonde, née vers 474 à Lyon, catholique dans un royaume arien, épouse de Clovis vers 493 et première reine des Francs. Grégoire de Tours lui attribue la conversion du roi, baptisé à Reims par saint Remi. Veuve en 511, elle finit sa vie à Tours et meurt en 545.
Clotilde a-t-elle vraiment converti Clovis ?
Elle a préparé la conversion et fait baptiser ses fils ; la décision du roi vient d'un vœu à Tolbiac, puis de saint Remi et du calcul politique — l'alliance avec les évêques et les Gallo-Romains. Le rôle de la reine est attesté par Grégoire de Tours, écrit un siècle plus tard, et par les lettres de l'époque.
Comment est morte sainte Clotilde ?
À Tours, le 3 juin 545, âgée d'environ soixante-dix ans, après trente ans de retraite auprès du tombeau de saint Martin. Ses fils la firent enterrer à Paris, dans la basilique des Saints-Apôtres, auprès de Clovis et de sainte Geneviève. Sa fête est le 3 juin en France.