Necker : le banquier genevois de Louis XVI (1732-1804)
Biographie de Necker (1732-1804), banquier genevois et directeur des finances de Louis XVI : emprunts, Compte rendu de 1781, renvoi de 1789.

Fiche
Né à Genève, le 30 septembre 1732 · mort à Coppet (Vaud), le 9 avril 1804 · origine : famille protestante genevoise, banquier à Paris · rôle : directeur du Trésor royal (1776), directeur général des finances (1777-1781), puis directeur général des finances et ministre d'État (1788-1789, 1789) · roi : Louis XVI (voir le dernier roi de France) · période : 1776-1790.
Necker est le banquier genevois que Louis XVI appela deux fois pour tenir les finances du royaume, et que Paris porta en triomphe au moment même où la monarchie s'effondrait. Il ne pouvait pas sauver une machine dont il refusait la réforme profonde ; il fut pourtant l'homme dont la popularité précipita la crise. Pour la place d'un tel ministre dans l'État, voir Comment le roi gouvernait la France.
Origines et arrivée au ministère#
Fils d'un professeur de droit genevois, Jacques Necker entre dans la banque à Paris, s'y enrichit dans le commerce des grains et les emprunts, et épouse Suzanne Curchod, femme de lettres dont le salon est fréquenté des philosophes. Il écrit un éloge de Colbert, couronné par l'Académie française en 1773, et un traité sur la législation des grains qui s'oppose à Turgot.
Après la chute de Turgot (1776), Maurepas l'appelle au Trésor. Il est protestant et étranger : il ne peut être contrôleur général, charge liée aux serments de l'Église catholique. On lui donne donc le titre de directeur général des finances (1777), sans entrée au Conseil. Un étranger hérétique à la tête des finances du roi Très Chrétien : l'exception en dit long sur l'état du vivier ministériel.
Son pouvoir : ce qu'il décidait vraiment#
La guerre par l'emprunt. La France entre en guerre aux côtés des insurgés américains en 1778. Necker refuse d'augmenter l'impôt, estimant le royaume trop chargé, et emprunte : emprunts à rente viagère, loteries, avances des banquiers genevois et hollandais. Le crédit tient, grâce à sa réputation personnelle, mais la dette s'alourdit à des taux élevés.
Les économies et les réformes de détail. Il supprime des charges inutiles de la Maison du roi, simplifie la perception des fermes, abolit la mainmorte sur les domaines royaux (1779), réforme les hôpitaux. Il crée aussi des assemblées provinciales d'essai, en Berry puis en Haute-Guyenne, où le tiers état siège en nombre égal à la noblesse et au clergé réunis.
Le Compte rendu (février 1781). Il publie un bilan des finances, qui fait apparaître un excédent de dix millions de livres, en laissant hors compte les dépenses extraordinaires de la guerre. L'ouvrage connaît un succès prodigieux. Il est aussi une nouveauté grave : le budget du roi, affaire de la maison du roi, devient une pièce offerte au public et à l'opinion.
Face au roi et à la cour#
La cour, qui vit des pensions, ne lui pardonne pas d'avoir publié le « Livre rouge » des grâces ni d'avoir rogné ses faveurs. Le Parlement l'accuse de despotisme financier, Vergennes le trouve trop indépendant, Maurepas le jalouse. Quand Necker demande le titre de ministre d'État et l'entrée au Conseil, le roi refuse. Il démissionne le 19 mai 1781.
Rappelé en août 1788 après l'échec de Loménie de Brienne, il consent à la double représentation du tiers aux États généraux, mais pas au vote par tête, et laisse les ordres s'enliser sur la question. Son discours d'ouverture du 5 mai 1789, interminable et sans programme, déçoit.
Chute et mort#
Le 11 juillet 1789, Louis XVI le renvoie et lui ordonne de quitter le royaume. La nouvelle atteint Paris le lendemain : on y voit le prélude d'un coup de force. Les 12 et 13 juillet, l'émeute gronde ; le 14, la Bastille tombe. Louis XVI le rappelle le 16, et Necker rentre en triomphe, mais il n'a plus de prise sur les événements. Il démissionne définitivement le 3 septembre 1790, et se retire à Coppet, sur le lac Léman, où il écrit sur la Révolution et meurt en 1804. Sa fille Germaine de Staël y tient salon.
Ce qu'il en reste#
Les libéraux ont voulu en faire le sage méconnu, les contre-révolutionnaires le fossoyeur. La vérité est entre les deux. Il fut un administrateur honnête, travailleur et soucieux des malheureux. Mais il a financé une guerre victorieuse par la dette, sans accompagner l'effort d'une réforme de l'impôt, que son prédécesseur avait voulue et que son successeur Calonne tentera trop tard. Il a aussi donné à l'opinion le goût de lire les comptes du roi et de juger ses ministres.
La tradition y verra la leçon de Burke : un banquier peut tenir le crédit d'un État, il ne remplace ni l'autorité du roi ni l'accord des corps. Le jour où le roi renvoie un ministre populaire, c'est la rue qui répond, non les institutions.
À retenir
- 1776-1777 : directeur du Trésor, puis des finances.
- 1778-1783 : guerre d'Amérique financée par l'emprunt.
- Février 1781 : Compte rendu au roi ; 19 mai 1781 : démission.
- Août 1788 : rappelé ; 11 juillet 1789 : renvoyé ; 3 septembre 1790 : départ définitif.
- 1804 : mort à Coppet.
Pour aller plus loin#
- Comment le roi gouvernait la France : les institutions de la monarchie — le contrôle général, les finances, les corps.
- Turgot : le ministre qui voulait sauver la monarchie — son prédécesseur, réformateur trop pressé.
- Le dernier roi de France — le règne que Necker a cherché à soutenir.
- Colbert : le ministre qui voulait tout compter — le grand modèle admiré par Necker.
- Les États généraux : de 1302 à 1789 — l'assemblée de 1789 et la querelle du vote par tête.
Sources#
- Jean Égret, Necker, ministre de Louis XVI, 1776-1790, Champion, 1975 ; Robert D. Harris, Necker, Reform Statesman of the Ancien Régime, 1979.
- Gallica, BnF — Compte rendu au roi, par M. Necker
- Archives nationales
Questions fréquentes#
Qui était Necker ?
Jacques Necker (1732-1804), banquier protestant né à Genève, directeur général des finances de Louis XVI de 1777 à 1781, puis rappelé en 1788 et renvoyé le 11 juillet 1789. Il est le père de Mme de Staël.
Pourquoi Necker finançait-il la guerre par l'emprunt ?
Pour soutenir les insurgés américains sans lever d'impôt nouveau, il emprunta massivement, à des taux élevés. Le procédé évitait un conflit avec les corps du royaume, mais alourdit la dette de la monarchie.
Qu'est-ce que le Compte rendu au roi de 1781 ?
Un bilan imprimé des finances, publié en février 1781 et diffusé à des dizaines de milliers d'exemplaires. Il présentait un budget excédentaire en omettant les dépenses de guerre : un coup de publicité, mais aussi une atteinte au secret des affaires du roi.
Pourquoi le renvoi de Necker a-t-il provoqué la prise de la Bastille ?
Son renvoi, le 11 juillet 1789, fut pris à Paris pour le signe d'un coup de force de la cour. L'agitation qui en résulta aboutit à la prise de la Bastille, le 14 juillet.