Louis XV : biographie du Bien-Aimé (1715-1774)
Biographie de Louis XV (1715-1774) : la Régence, Fontenoy, Metz, la guerre de Sept Ans, le coup de Maupeou, Versailles et la mort du Bien-Aimé.

Fiche
Né le 15 février 1710, à Versailles · Mort le 10 mai 1774, à Versailles · Règne 1715-1774 (59 ans) · Sacre 25 octobre 1722, à Reims · Dynastie Bourbons · Père Louis, duc de Bourgogne · Mère Marie-Adélaïde de Savoie · Épouse Marie Leszczynska (1725) · Prédécesseur Louis XIV · Successeur Louis XVI · Surnom le Bien-Aimé · Enterré à Saint-Denis
Le 11 mai 1745, à Fontenoy, un roi de trente-cinq ans, venu avec le dauphin, assiste à la victoire de ses armées sur les Anglo-Hollandais de Cumberland, et visite ensuite le champ de bataille couvert de morts. Ce Louis XV, l'un des plus longs règnes parmi les rois de France, est le roi timide et lucide, à qui l'on a prêté tous les vices et que ses sujets ont d'abord aimé comme aucun autre. Il hérite d'un royaume épuisé par la fin du Grand Siècle, le rend plus grand — la Lorraine, la Corse — mais affaibli par la défaite et la dette, et meurt sans avoir pu réformer ce qu'il savait devoir l'être.
Avant le trône : l'orphelin de Versailles#
En quelques semaines de l'hiver 1712, la rougeole emporte son père, sa mère et son frère aîné. L'enfant de deux ans, soigné par la duchesse de Ventadour qui l'arrache aux médecins, est le seul survivant. À la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, il a cinq ans et demi. Le vieux roi lui a laissé, dit-on, le conseil de soulager son peuple et de ne pas l'imiter dans sa passion de bâtir et de guerroyer.
La Régence est confiée à son oncle Philippe d'Orléans, qui fait casser le testament de Louis XIV devant le Parlement. Elle a ses bonheurs — la paix avec l'Angleterre — et son désastre : le système de Law, banqueroute de 1720. Le précepteur du roi, l'abbé puis cardinal de Fleury, forme un enfant réservé, que la majorité (13 ans, février 1723) et le sacre de Reims (octobre 1722) trouvent instruit, pieux et peu sûr de lui.
Le règne#
Fleury et vingt ans de paix (1726-1743)#
Après la disgrâce du duc de Bourbon, Louis XV confie le gouvernement à Fleury, qui a plus de soixante-dix ans. Les finances sont rétablies, la livre stabilisée, le commerce maritime prospère. Le roi marie en 1725 la princesse polonaise Marie Leszczynska, qui lui donnera dix enfants. La guerre de Succession de Pologne vaut à la France, par le traité de Vienne, la réunion future de la Lorraine, qui reviendra à la couronne à la mort de Stanislas en 1766.
Metz, Fontenoy et le Bien-Aimé (1744-1748)#
À la mort de Fleury en 1743, Louis XV déclare qu'il gouvernera seul, sans principal ministre. En août 1744, il part à l'armée en Alsace ; à Metz, une fièvre l'abat. Les églises de Paris se remplissent, les processions se multiplient : la France prie pour son roi. Il guérit. Le 11 mai 1745, la victoire de Fontenoy couronne la campagne. Mais le traité d'Aix-la-Chapelle (1748), où le roi rend toutes ses conquêtes des Pays-Bas « pour traiter en roi et non en marchand », donne naissance à l'expression « bête comme la paix » : le sacrifice paraît inexplicable à l'opinion.
Les favorites et la Cour#
La reine vit retirée dans la dévotion. Le roi, dont les écarts scandalisent la piété du royaume, trouve en Mme de Pompadour (à partir de 1745) une amie, une conseillère et une protectrice des arts ; Mme du Barry, à partir de 1768, représente une période de scandale plus ouvert. La vérité est ici à dire sans fard : le roi Très Chrétien, qui se prive plusieurs fois de communion, vit dans le péché public, et il en souffre. Cette contradiction entre le sacre et la conduite entame le respect que le peuple lui portait.
Damiens et la guerre de Sept Ans (1756-1763)#
Le 5 janvier 1757, un domestique nommé Damiens frappe le roi d'un coup de canif à Versailles. La blessure est légère, l'acte inquiétant : le Bien-Aimé comprend que son peuple n'est plus unanime. La même année s'ouvre la guerre de Sept Ans, qui commence par le renversement des alliances de 1756 (alliance avec l'Autriche contre l'Angleterre et la Prusse). Elle finit mal : par le traité de Paris de 1763, la France perd la Nouvelle-France et l'Inde, hormis cinq comptoirs. L'historien doit mesurer ce que cette perte a pesé : la rivalité maritime avec l'Angleterre devient définitive, et la revanche sera payée, vingt ans plus tard, par la dette qui précipite la chute de la monarchie.
Le roi, le Parlement et Maupeou (1750-1774)#
Dès 1750, les querelles religieuses (refus de sacrements aux jansénistes) et fiscales opposent la couronne aux Parlements, qui se prétendent les gardiens des « lois fondamentales ». Le roi tient un lit de justice en 1766 pour affirmer que la puissance législative lui appartient tout entière. En 1771, son chancelier Maupeou supprime les anciens Parlements et en institue de nouveaux : une réforme de bon sens aux yeux de beaucoup, mais qui paraît à l'opinion un coup d'État. Louis XVI rappellera les anciens Parlements en 1774, et se privera ainsi du seul outil de réforme que son grand-père lui avait préparé.
Gouverner#
Louis XV gouverne par ses conseils, à l'écoute de ses ministres : Fleury, Machault d'Arnouville (le vingtième, impôt sur tous, brisé par le clergé en 1751), Choiseul, Terray. Il lit les dépêches, tient une diplomatie secrète parallèle, « le Secret du roi », et s'attache à la paix intérieure. Sa tragédie est de voir clair sans oser agir : on lui prête la phrase « Après moi, le déluge » — en réalité apocryphe, attribuée à Mme de Pompadour — qui résume pourtant une lassitude que tous ses proches ont décrite. Le royaume prospère pourtant : la population dépasse vingt-six millions d'habitants, Bordeaux, Nantes et Le Havre s'enrichissent, les routes royales se construisent.
La cour et les résidences#
Louis XV est un roi chasseur, qui passe plus de temps à Compiègne, Fontainebleau et Choisy qu'à tenir l'étiquette de Versailles. Il y fait pourtant bâtir : l'Opéra royal, le Petit Trianon, l'École militaire, la place de la Concorde (alors place Louis-XV). Il aime l'intimité des petits appartements, d'où il écrit ses ordres.
Mort et succession#
Fin avril 1774, il contracte la petite vérole à Trianon. Mme du Barry doit quitter la cour, le roi se confesse et reçoit les derniers sacrements. Il meurt le 10 mai 1774 à Versailles, à soixante-quatre ans. Sa dépouille, si contagieuse que l'on se hâte, est portée de nuit à Saint-Denis. Son petit-fils monte sur le trône sous le nom de Louis XVI ; la question des finances reviendra, sous son règne, au banquier Necker.
Ce qu'il en reste#
La mémoire de Louis XV a subi deux siècles de légende noire, tissée par les pamphlets, puis par les historiens de la Révolution. Elle mérite d'être corrigée : le roi a été un homme pieux au fond, travailleur, courageux sous le feu, aimé avant d'être critiqué. La France lui doit la Lorraine et la Corse, la place Royale de Bordeaux, l'École militaire, de belles routes, une marine relevée. Son vrai échec est politique : il n'a pas su concilier un pouvoir royal fort et le consentement du royaume, et il a laissé à son héritier une dette que la guerre d'Amérique n'a fait qu'aggraver.
À retenir
- 1715 : mort de Louis XIV ; Régence de Philippe d'Orléans.
- 1722 : sacre à Reims.
- 1744-1745 : maladie à Metz, victoire de Fontenoy.
- 1757 : attentat de Damiens ; début de la guerre de Sept Ans.
- 1763 : traité de Paris, perte de la Nouvelle-France.
- 1771 : réforme Maupeou.
- 1774 : mort de la petite vérole le 10 mai.
Pour aller plus loin#
- Louis XIV : son arrière-grand-père et prédécesseur.
- La mort de Louis XIV : l'enfant de cinq ans devient roi.
- Les Bourbons : la dynastie, de Henri IV à Louis-Philippe.
- Fontenoy (1745) : la victoire du roi et du dauphin.
- Le lit de justice : l'arme du roi contre les Parlements.
- Le château de Versailles : la résidence de toute sa vie.
- Necker : le banquier qui hérite de ses dettes.
- Tous les rois de France.
Sources#
- Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989.
- Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin, 2014.
- Louis XV — Château de Versailles
Questions fréquentes#
Qui a succédé à Louis XV ?
Son petit-fils Louis XVI, devenu roi le 10 mai 1774 à dix-neuf ans, car le dauphin Louis-Ferdinand, fils de Louis XV, était mort en 1765.
Pourquoi Louis XV est-il appelé le Bien-Aimé ?
Le surnom naît en 1744 : à Metz, le roi tombe gravement malade en pleine campagne et la France entière fait dire des messes pour sa guérison. Il guérit, et l'on parle alors de Louis le Bien-Aimé.
Comment est mort Louis XV ?
De la petite vérole (variole), à Versailles, le 10 mai 1774, après une agonie de dix jours. Il avait 64 ans.
Combien de temps a régné Louis XV ?
Cinquante-neuf ans, du 1er septembre 1715 au 10 mai 1774, dont huit sous la Régence : c'est le deuxième plus long règne de l'histoire de France, après celui de son arrière-grand-père.