Les rois maudits : l'histoire vraie derrière Druon (1314-1328)

Les rois maudits, l'histoire vraie : de 1314 à 1328, les Templiers, la tour de Nesle, quatre rois morts sans fils et la couronne passée aux Valois.

Romain Croisade 5 min

Les rois maudits, l'assemblée des barons de 1328 devant la reine veuve et sa fille, enluminure

Fiche

Période mars 1314 – avril 1328 · Lieux Paris, Pontoise, Château-Gaillard, Vincennes, Reims · Rois Philippe le Bel, Louis X, Jean Ier, Philippe V, Charles IV · Acteurs Jacques de Molay, Enguerrand de Marigny, Mahaut d'Artois, Robert d'Artois, Philippe de Valois · Issue fin des Capétiens directs, avènement des Valois · Bilan quatre rois en quatorze ans, aucun fils, et la guerre de Cent Ans en germe

Les rois maudits ont existé, mais pas la malédiction. Entre 1314 et 1328, la dynastie des Capétiens directs, qui se transmettait de père en fils depuis 987, s'éteint en quatorze ans : Philippe le Bel meurt, ses trois fils règnent tour à tour et disparaissent sans héritier mâle. L'histoire vraie tient en une chaîne de hasards biologiques et de décisions politiques, que Maurice Druon a romancée et que voici, dans l'ordre.

1314 : l'année où tout bascule#

Le 18 mars 1314, selon la date la plus souvent retenue, Jacques de Molay, dernier grand maître du Temple, est brûlé dans l'île aux Juifs, à la pointe de la Cité, après avoir rétracté ses aveux. Le procès des Templiers, ouvert par les arrestations de 1307, est la page la plus sombre du règne : les accusations d'hérésie étaient très probablement fabriquées. Le pape Clément V meurt le 20 avril.

Au printemps éclate l'affaire de la tour de Nesle : deux belles-filles du roi, Marguerite et Blanche de Bourgogne, sont convaincues d'adultère avec les frères d'Aunay, exécutés à Pontoise ; la troisième, Jeanne, est enfermée puis pardonnée. Le scandale jette un doute sur la légitimité des enfants à naître. Le 29 novembre, Philippe le Bel meurt à Fontainebleau, à quarante-six ans, sans doute d'un accident vasculaire après une chute de cheval.

Louis X et Jean Ier : deux règnes brefs (1314-1316)#

Louis X le Hutin hérite d'un royaume lassé des impôts et des légistes. Il cède aux ligues nobiliaires (chartes provinciales de 1315) et livre Enguerrand de Marigny, le ministre de son père, au gibet de Montfaucon. Marguerite meurt à Château-Gaillard en 1315 : de froid ou étranglée, on ne sait pas. Le roi épouse aussitôt Clémence de Hongrie.

Le 5 juin 1316, Louis X meurt à Vincennes après une partie de paume et un vin bu trop frais. Il laisse une fille, Jeanne, et une reine enceinte. Son frère Philippe, comte de Poitiers, prend la régence. Le 15 novembre naît un fils, Jean Ier : il meurt cinq jours plus tard. On accusera Mahaut d'Artois de poison ; rien ne l'établit, et la justice royale l'a acquittée en 1317 d'accusations voisines.

Philippe V et Charles IV : la loi des mâles (1316-1328)#

Philippe se fait sacrer à Reims le 9 janvier 1317, écartant sa nièce Jeanne. En février, une assemblée de barons, de prélats et de bourgeois déclare que les femmes ne succèdent pas à la couronne de France : c'est l'acte de naissance de la règle que l'on appellera plus tard la loi salique. Philippe V le Long gouverne sérieusement — réforme de l'administration, ordonnances sur les comptes — mais son règne voit aussi les violences des Pastoureaux (1320) et la persécution des lépreux, accusés sans preuve d'empoisonner les puits (1321). Il meurt le 3 janvier 1322, ne laissant que des filles.

Charles IV le Bel lui succède en vertu de la même règle. Trois mariages, des enfants morts au berceau. Il meurt à Vincennes le 1er février 1328 ; sa veuve, Jeanne d'Évreux, est enceinte. Le royaume attend deux mois : le 1er avril naît une fille.

1328 : comment la couronne change de branche#

Deux candidats se présentent. Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle ; Philippe de Valois, neveu du roi de fer par son père. Les grands, réunis en assemblée, choisissent le Valois : un prince français, adulte, de la maison même, et la couronne ne se transmet pas par les femmes. Philippe VI est sacré à Reims le 29 mai 1328. Le royaume de Navarre, qui n'obéit pas à la même règle, revient à Jeanne, la fille de Louis X. Édouard prête hommage, puis revendique la couronne en 1337 : la guerre de Cent Ans commence.

Malédiction ou hasard ?#

Le vrai drame est démographique. Trois frères morts à vingt-sept, vingt-neuf et trente-trois ans environ, des fils morts en bas âge, des épouses répudiées ou mortes au mauvais moment : le Moyen Âge connaissait cette mortalité, la chance capétienne avait simplement duré trois siècles. La malédiction lancée du bûcher n'est rapportée par aucun témoin ; un chroniqueur italien prête à Molay un appel au jugement de Dieu, et la mort du pape puis du roi dans l'année a fait le reste. On peut, avec la tradition, lire dans cette fin le prix d'un règne qui avait humilié le pape et brisé un ordre religieux. L'historien, lui, constate une chose : la monarchie n'a pas sombré. Une règle de succession claire, fixée en 1316 et 1328, a permis de passer d'une branche à l'autre sans guerre civile — la guerre est venue du dehors. Ce que le roman invente et ce qu'il respecte est détaillé dans notre article sur Les Rois maudits, livres et séries.

À retenir

  • 18 mars 1314 : Jacques de Molay sur le bûcher ; 29 novembre 1314 : mort de Philippe le Bel.
  • 1314-1328 : Louis X, Jean Ier, Philippe V, Charles IV — quatre rois, aucun fils survivant.
  • 1316-1317 puis 1328 : les femmes écartées de la couronne ; la règle de succession est fixée.
  • 1328 : Philippe VI de Valois roi ; Édouard III revendique en 1337.
  • La malédiction des Templiers est une légende ; l'extinction de la dynastie, un fait biologique et politique.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Qui sont les rois maudits ?

Philippe le Bel et ses descendants directs : ses trois fils Louis X, Philippe V et Charles IV, et son petit-fils Jean Ier, mort à cinq jours. Tous meurent entre 1314 et 1328 sans laisser de fils.

La malédiction des Templiers a-t-elle existé ?

Aucun témoin du bûcher de Jacques de Molay, en mars 1314, ne rapporte de malédiction contre la dynastie. La légende est née de la mort rapprochée du pape et du roi ; la formule « jusqu'à la treizième génération » est de Maurice Druon.

Pourquoi les Capétiens directs s'éteignent-ils en 1328 ?

Parce que les trois fils de Philippe le Bel meurent jeunes sans héritier mâle survivant, et que les grands écartent en 1316 puis en 1328 les filles et les descendants par les femmes. La couronne passe au cousin Philippe de Valois.

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